À l’initiative de l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF), les maires ouvreont des cahiers de doléances un peu partout en France, en pleine crise des "gilets jaunes". Les citoyens peuvent y écrire leurs remarques, leurs critiques et leurs revendications. Et le concept semble déjà beaucoup plaire.

Le maire d'Ivry-sur-Seine Philippe Bouyssou (PCF) découvre le cahier de doléances.
Le maire d'Ivry-sur-Seine Philippe Bouyssou (PCF) découvre le cahier de doléances. © Radio France / Pauline Pennanec'h

"Augmentation des salaires, retraites, allocations chômage et familiales, rétablissement de l’ISF" : voilà le genre de messages que l’on peut lire dans le cahier de doléances, posé dans le hall de l’Hôtel de ville d’Ivry-sur-Seine. En l’espace de trois jours, les habitants y ont déjà laissé des dizaines de messages : "Ce qui vient en premier lieu, c’est la question du pouvoir d’achat et la question de dignité aussi, qui est très forte. Les gens ont le sentiment d’être méprisés par ce gouvernement", affirme le maire Philippe Bouyssou (PCF). 

L'initiative, prise par l'Association des Maires Ruraux de France (AMRF), a été très rapidement suivie par les élus. L'objectif : recueillir les demandes des "gilets jaunes" et de la population, pour ensuite les faire remonter au président de la République, au Premier ministre ainsi qu'au Parlement. Une plateforme sur internet a également été ouverte afin de pouvoir continuer à récolter des doléances.

"Vivre et non survivre"

Des doléances écrites par un habitant d'Ivry-sur-Seine
Des doléances écrites par un habitant d'Ivry-sur-Seine © Radio France / Pauline Pennanec'h

Parmi d'autres messages écrits sur le livret, on peut aussi lire : "Rendez-nous l'ISF, supprimez le CICE, et consacrez 100 milliards d'euros à la lutte contre le réchauffement climatique", "Repenser l'évolution et la carrière des fonctionnaires", ou encore "Il faut augmenter tout de suite. Pour tous les salaires, retraites, privé et public, il faut une augmentation de 300 euros net par mois pour vivre et non survivre." 

Pour Philippe Bouyssou, les "gilets jaunes" ont impulsé "quelque chose d'assez nouveau dans le paysage politique" dont il faut tenir compte : "Effectivement, à Ivry comme dans beaucoup de villes de la première couronne parisienne, il n’y a pas de ronds-points occupés, pas de péages ni d’autoroutes qui ont été bloqués, c’est vrai", explique l’élu. "Mais ça ne veut pas dire pour autant que les thèmes portés, les exigences et la colère qui se sont exprimées ne sont pas partagés par les habitants de nos cités. Cette colère a aussi besoin de s’exprimer."

Au-delà des cahiers de doléances, le maire d’Ivry-sur-Seine souhaite aussi organiser régulièrement des réunions et des débats publics avec les habitants dans l’espoir d’inventer une nouvelle forme de démocratie locale : "Une centaine de personnes ont participé à la première réunion lundi soir, ce qui est loin d'être ridicule quand même. Certains disaient ‘il faut que nous aidons nos voisins, nos amis, les autres citoyens de la commune qui peuvent avoir une difficulté avec le fait d'écrire ou d'exprimer leurs opinions'. Les associations ont _un rôle de relais à jouer_, de se mettre à disposition des autres pour faire remonter toutes ces exigences et toutes ces colères."

"Le maire est à portée d'engueulade"

Des doléances écrites par un habitant d'Ivry-sur-Seine
Des doléances écrites par un habitant d'Ivry-sur-Seine © Radio France / Pauline Pennanec'h

À Saint-Mandé-Le-Perreux (Val-de-Marne), l'initiative est plutôt applaudie. En 10 jours, une dizaine de pages ont été remplies. "Nous avons essentiellement des messages portant sur la vie fiscale, sécuritaire, l'immigration", explique le maire de la commune Patrick Beaudouin (LR). "Le maire est à portée d'engueulade, on nous voit, on nous parle. Il y a beaucoup d'angoisses dans le pays, ça freine, et ces cahiers de doléances, c'est un bonne chose, de laisser les gens s'exprimer, et j'invite les autres maires à le faire."

"Quand je me prends à rêver, je me dis qu'on est peut-être dans une situation pré-révolutionnaire, et que des sans-culottes aux "gilets jaunes", finalement il se passe peut-être quelque chose de beaucoup plus profond que ce que les observateurs peuvent percevoir", réagit Philippe Bouyssou.

Les messages déposés dans les cahiers de doléances seront récupérés et compilés en janvier et communiqués au gouvernement en février, avant une grande consultation nationale prévue à partir de janvier.

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