Alors que la mobilisation des Gilets jaunes semble s'installer au-delà de la journée d’action de samedi, certains secteurs en lutte (routiers, agriculteurs, infirmiers, retraités, etc.) pourraient-ils rejoindre cette contestation plus générale ?

Des Gilets jaunes bloquent des camions sur l'A16 au niveau de Grande-Synthe dans le Nord.
Des Gilets jaunes bloquent des camions sur l'A16 au niveau de Grande-Synthe dans le Nord. © Maxppp /

Les rangs des Gilets jaunes seront-ils rejoints par des professions en colère ? Routiers, agriculteurs, infirmiers sont-ils prêts à rejoindre un mouvement né de la contestation des taxes sur le carburant ? 

Les routiers : “Nous avons des revendications professionnelles tout à fait différentes”

Il n’est pas question de s’y associer répond Aline Mesples, président de l’Organisation des transports routiers européens (OTRE), interrogée par France Inter. “Difficile de s’associer à un mouvement qui n’a pas de visage, explique-t-elle. Nous avons des revendications professionnelles, tout à fait différentes de celles portées par les citoyens d’autant plus que leur mouvement est devenu un mouvement généraliste, porté par une défiance vis-à-vis de la politique du gouvernement actuel”.  

On fait partie des partenaires sociaux qui négocient toute l’année avec le gouvernement. Il nous est arrivé de manifester par le passé, sur l’écotaxe notamment, mais on le fait lorsque l’on a usé de toutes les voies possibles de négociation et de façon cadrée” rappelle Aline Mesples, déplorant par ailleurs les blocages fermes : “On est juste comme d’autres Français, nos conducteurs de poids lourds se sont retrouvés bloqués et sont dans l’attente de pouvoir être débloqués pour poursuivre leurs journées et leurs semaines.” 

Les Gilets jaunes empêchent les poids lourds de circuler, certains se retrouvent bloqués sur les barrages” estimait lundi matin Elisabeth Borne sur franceinfo. La ministre des Transports assurait avoir dialogué avec les transporteurs routiers, “ils ont leurs sujets et ne souhaitent pas entrer dans ce mouvement”. 

Les infirmiers : “Ça créerait une confusion”

Alors qu’ils doivent, ce mardi, manifester à l’appel de 13 organisations syndicales, infirmiers et infirmières ne veulent pas non plus voir leurs revendications “professionnelles” être parasitées par celles des Gilets jaunes. “On trouvera forcément des infirmiers parmi les Gilets jaunes” estime Nathalie Depoire, présidente du syndicat CNI, Coordination nationale infirmière, interrogée par France Inter : “Individuellement, beaucoup de professionnels de santé se retrouvent dans les revendications. Le pouvoir d’achat n’est pas au rendez-vous, les frais de carburant, c’est une vraie complication pour les libérales notamment, mais on peut aussi habiter très loin de l’hôpital où l’on exerce.” 

Mais mélanger les combats serait négatif pour tout le monde, estime-t-elle : “Le mouvement et l’appel pour les infirmiers du 20 novembre est vraiment axé sur les annonces du plan santé dans lesquelles on ne s’est pas retrouvé. Il y aurait une confusion à se retrouver dans un mouvement commun”. 

Les agriculteurs : “Solidaires du malaise de la ruralité”

Des trois principaux syndicats agricoles, seule la Coordination rurale a apporté un vrai soutien aux Gilets jaunes. La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) n’a pas lancé d’appel à manifester mais, comme les Jeunes agriculteurs, se dit “solidaires du sentiment de déclassement de la ruralité et de la fiscalité punitive que nous n’acceptons pas non plus.Nous vivons la même exaspération, martèle Christiane Lambert, présidente du premier syndicat agricole. (...) Mais les attentes sont très diffuses et différentes. Il y a un fil rouge autour du pouvoir d’achat mais surtoutMacron démissionet beaucoup de récupération politique.”  

Estimant ne pas devoir appeler les agriculteurs à manifester, Christiane Lambert admet que “certains l’ont fait individuellement parce que, vivant à la campagne, ils connaissent aussi ces difficultés”. La FNSEA ne rejoindra pas le mouvement mais appelle le gouvernement à changer de ligne : “Personne n’est contre la transition écologique mais la trottinette et le vélo, ça marche en ville mais pas à la campagne et elle ne peut pas se faire au détriment du pouvoir d’achat et du revenu.”  

Les retraités : “Une colère qui ne date pas d’hier” 

Nous sommes “les mal aimés de l’époque” estime Pierre Erbs, président de la Confédération française des retraités - la plus importante, plus d'un million d'adhérents -, qui comprend fort bien” que des retraités puissent s’associer aux Gilets jaunes. “Mais il y a une colère qui ne date pas d’hier et de la hausse du prix des carburants ! Cette colère est due au laminage incessant de leur pouvoir d’achat, de la hausse de la CSG, de la non-augmentation des retraites de base, de la désindexation des retraites pour les années qui viennent par rapport à l’inflation. Tout ceci fait que le pouvoir d’achat est attaqué” souligne-t-il. 

Pierre Erbs assure ne pas donner de mot d’ordre pour participer, ni pour ne pas participer aux rassemblements des Gilets jaunes et reste pour l’instant “attentif” et “intéressé” par l’évolution de la situation. Se greffer officiellement à la mobilisation ? “Cela pourrait intervenir (...) si une nouvelle atteinte au pouvoir d’achat méritait une réponse forte”.

Les artisans et commerçants : “Les blocages ne doivent pas pénaliser les entreprises”

De leur côté les artisans et commerçants, par le biais de l'Union des entreprises de proximité (U2P), dénoncent le poids que représente la hausse des prix des carburants sur la trésorerie de nombreuses entreprises de proximité. Pour autant, “l’expression de ces mécontentements ne doit pas pénaliser les entreprises. Qu’il s’agisse de s’approvisionner, d’accéder aux chantiers, de transporter des personnes, de livrer les marchés, d’honorer des rendez-vous avec des patients…” écrit l'organisation dans un communiqué. L'organisation appelle les Gilets jaunes à cesser toute action de blocage qui conduirait à mettre en danger les entreprises. “Le pire serait d’organiser un blocage de l’économie et d’aggraver la situation générale.

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