Le journal belge VRT a révélé jeudi que les employés du géant du numérique ont accès aux enregistrements des enceintes connectées et de l’assistant vocal sur les smartphones. Google se défend en déclarant vouloir améliorer l’intelligence artificielle de sa technologie.

Avec les Google Home, les conversations personnelles des utilisateurs peuvent être enregistrées accidentellement
Avec les Google Home, les conversations personnelles des utilisateurs peuvent être enregistrées accidentellement © AFP / Frank Duenzl / picture alliance / dpa Picture-Alliance

Le média belge VRT a enquêté sur la Google Home, enceinte connectée du géant américain, et sur son assistant vocal. Le journal a pu avoir accès à une fuite de milliers d'enregistrements réalisés par des appareils situés en Belgique et aux Pays-Bas. Des enregistrements dont Google ne réfute pas l'existence, puisque ceux-ci sont inscrits dans les conditions d'utilisation. 

En revanche, l'entreprise n'a jamais déclaré que ces données sonores sont écoutées et analysées par les employés de Google, parfois à l'insu des utilisateurs. En avril dernier, un article de Bloomberg avait épinglé Amazon pour les mêmes raisons. 

Faire progresser l’intelligence artificielle 

Des écoutes admises par Google qui se défend en déclarant que "ce genre de travail est crucial pour le développement de nouvelles technologies comme le Google Assistant."

Des centaines d'employés sont donc chargés d'écouter les conversations des utilisateurs afin d’améliorer l’intelligence artificielle de Google et mieux répondre aux ordres donnés à ces appareils connectés. Mais l'entreprise se veut rassurante : seuls 0,2% des enregistrements seraient concernés.

"La firme n’est pas intéressée par ce que vous dites, mais par la façon dont vous le dites", affirme à VRT un sous-traitant. Ce que Google confirme en déclarant que les seules personnes qui ont accès à ces enregistrements sont des experts du langage. 

D'après le média belge, la firme analyse et retranscrit tous les sons perçus dans le micro d'une Google Home et d'un smartphone afin de définir si ce qu'on entend est une femme, un homme, un enfant ou des bruits parasites. 

Ce qui pose aussi problème, c'est que ces micros peuvent se déclencher très facilement. Dans les enregistrements écoutés par les journalistes de VRT, certains sons ont été captés alors que l'utilisateur n'avait pas fait appel à l'assistant vocal

Ainsi, parmi données écoutées par les journalistes, 153 ont été enregistrés par erreur. Il suffit qu'une personne prononce  "Google" ou un mot lui ressemblant pour que l'enceinte s'active et enregistre la demande. Des conversations qui sont donc privées auxquelles Google et ses sous-traitants ont accès. L'une des personnes contactées par VRT a affirmé avoir entendu "une femme qui était clairement dans une situation angoissante qui impliquait peut-être de la violence physique". 

Une intrusion dans la vie privée des utilisateurs

Ces révélations posent question sur le respect de la vie privée pour les utilisateurs des enceintes connectées et des assistants vocaux. Depuis 2016, le Règlement général sur la protection des données (RGPD), voté par l'Union européenne, renforce la protection des données à caractère personnel. 

Dans les conditions d'utilisation de la Google Home, le géant américain a pris soin de préciser que les demandes faites à l'enceinte sont automatiquement enregistrées. Par contre, comme le fait remarquer le média VRT, ils ne spécifient pas que ces enregistrements peuvent être écoutés par les collaborateurs de Google, ce qui pourrait aller à l'encontre du RGPD.

Les sons récoltés sont supposés être nommés par des suites de chiffres aléatoires pour respecter l'anonymat des personnes écoutées. Mais la réalité est bien différente puisque VRT a eu la preuve que, dans certains cas, des noms et même des adresses ont pu être entendus.  

Le ministre démissionnaire belge de la Protection de la vie privée, Philippe de Backer a demandé un examen de ces pratiques par l'Autorité de protection des données fédérales, un organisme belge. 

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