La Cnil met en demeure l'éditeur de cette application qui sert à propager des rumeurs, accusée "d'atteintes graves à la vie privée".

L'application Gossip a été lancée en mai 2015
L'application Gossip a été lancée en mai 2015 © Maxppp / PhotoPQR/Le républicain lorrain

Pour la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), l'application pour smartphones "Gossip" représente des "atteintes graves à la vie privée". Ce vendredi, la Cnil a mis en demeure la société W.M.G., éditrice de cette application, de son conformer à la loi dans un délai d'un mois, sous peine de sanctions.

Fait exceptionnel, la Cnil a également pris la décision de transmettre le dossier au procureur de la République, "afin que celui-ci puisse, le cas échéant, procéder à des investigations complémentaires (...) compte tenu de la nature des manquements constatés, mais aussi des risques pour les personnes concernées, notamment les mineurs".

C'est quoi, Gossip ?

Cette application gratuite, parue en mai 2015 sur les magasins d'applications (App Store et Google Store), repose sur un principe très simple : de façon anonyme, l'utilisateur peut poster un "ragot" sur une personne de son choix (on l'appelle "preuve" s'il est accompagné d'une photo). Instantanément, tous les autres utilisateurs de l'application qui ont le numéro de la "victime" dans leur téléphone reçoivent une notification contenant la rumeur.

Et ça marche ?

Oui. Deux semaines après son lancement, l'application avait été téléchargée plus de 60.000 fois. Au 5 juin 2016, l'application avait été téléchargée en tout 637.816 fois, selon les chiffres de la Cnil.

Quel est le problème ?

Le problème, c'est que cette application, si elle peut très bien être utilisée au second degré par les utilisateurs les mieux intentionnés, représente aussi une porte ouverte à un harcèlement anonyme et malveillant. Les adolescents ont été les plus touchés par ce phénomène, et plusieurs cas de harcèlement et d'humiliations répétées ont été signalés. Désormais, l'application est ciblée par des avis largement négatifs sur l'App Store et le Google Play Store.

En juin 2015, la ministre de l'éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem avait demandé aux recteurs d'académie de "surveiller" cette application et "d'exercer une extrême vigilance sur la teneur des messages qui seraient mis en ligne sur cette application".

Que dit la Cnil ?

Alertée par de nombreux articles sur la question l'été dernier, la commission spécialisée dans le respect de la vie privée et de la confidentialité des usagers a relevé deux manquements majeurs aux dispositions de la loi "Informatique et libertés" :

  • Le non-respect de la vie privée et des libertés individuelles : selon le premier article de la loi "informatique et libertés", un dipsositif informatique "ne soit porter atteinte ni à l'identité humaine, ni aux droits de l'homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques". Or les calomnies diffusées par Gossip le sont à l'insu de la personne visée, si celle-ci ne possède pas l'application. D'autant plus que plusieurs rumeurs colportées visaient des personnes mineures : "X a 10 ans mais déjà le VIH", "X, 14 ans, alcoolique", etc.
  • L'absence de base légale : Pour transmettre les ragots, l'application Gossip demande un accès au données du répertoire téléphonique de l'utilisateur, qui sont transmises sur ses serveurs. Or la loi "informatique et libertés" précise que cela ne peut se faire sans le consentement de la personne concernée. Aucun critère défini par la loi ne s'applique dans le cas de Gossip, selon la Cnil.

Que va-t-il se passer maintenant ?

La présidente de la Cnil, Isabelle Falque-Pierrotin, met en demeure l'éditeur de Gossip, W.M.G., de se conformer à la loi dans un délai d'un mois. "Aucune suite ne sera donnée à cette procédure si la société se conforme à la loi dans le délai imparti", précise le communiqué de la commission. En revanche, si ce n'est pas le cas, des sanctions économiques pourront être prises.

La question est donc de savoir comment l'entreprise française W.M.G. va modifier son application pour se conformer au droit. Dès juin 2015, la conceptrice de l'application disait avoir été "choquée par l'utilisation" qui était faite de son application, "par les propos diffamatoires et la perversion des utilisateurs". Une première liste de mots jugés trop sensibles avait alors été radiée de l'application.

De son côté le procureur de la République, à qui la Cnil a transmis le dossier, pourra aussi choisir d'engager des procédures judiciaires dans les cas litigieux.

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