Moyens financiers, écoute et prise en charge des victimes, mesures pour éloigner le conjoint violent : la secrétaire d'État à l'égalité entre les Femmes et les Hommes est l'invitée de Fabienne Sintès, à l'occasion du lancement du Grenelle contre les violences conjugales et a répondu aux questions des auditeurs.

Marlène Schiappa, invitée du Téléphone Sonne de France Inter.
Marlène Schiappa, invitée du Téléphone Sonne de France Inter. © Radio France / Capture d'écran France Inter

Depuis le mois de janvier, plus de cent femmes ont été tuées sous les coups de leur conjoint ou ex-compagnon. Pour lutter contre les féminicides, un Grenelle contre les violences conjugales s'est ouvert ce mardi et va durer jusqu'au 25 novembre 2019. Pendant près de trois mois, le gouvernement, les associations et tous les acteurs engagées dans la lutte contre ces violences participeront à des réunions, des groupes de travail censés déboucher sur des mesures. Plusieurs d'entre elles ont déjà été annoncées. La secrétaire d'État à l'égalité entre les Femmes et les Hommes, Marlène Schiappa, les a détaillées sur France Inter avec les auditeurs du Téléphone Sonne.

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La question de l'éloignement du conjoint ou ex-conjoint violent

Marie, auditrice de France Inter et victime de violences conjugales, témoigne des "coups au sol" que lui a fait subir son mari. Pendant deux mois, elle a dû quitter son logement avec ses enfants. Une autre auditrice, elle, interpelle la secrétaire d'État sur l'éloignement des conjoints violents :"Pourquoi ce sont toujours les femmes qui partent alors qu'elles n'ont rien fait ?" Marlène Schiappa explique que les bracelets d’éloignement sont prévus depuis trois ans. "Mais ils n'existent pas encore", avoue-t-elle. "Ce que nous voulons faire, avant même la condamnation, c'est qu'ils soient portés dès qu'il y a enquête."

Quant à "l'éviction du conjoint violent du logement, elle est prévue dans la loi", mais elle est rarement appliquée. "Elle doit venir sur décision de justice. Or, les délais de la justice sont longs. Nous nous engageons à un délai de 15 jours et ce sera expérimenté à Créteil, dans un logement d'urgence. L'État va aussi se porter garant pour que les femmes victimes de violences conjugales puissent retrouver un logement. Il y a un engagement de cinq millions d'euros derrière."

La secrétaire d'État assure, par ailleurs, qu'à partir du 1er août, la création de 279 places dans les hébergements d'urgences a été mise en place, pour les femmes victimes de violences conjugales. "On est donc sur un total de 5 715 places", mais ce n'est pas suffisant, reconnaît-elle. 

"Je refuse d'entendre que tout a bien fonctionné et que tout le monde a bien fait son travail. Quand il y a un féminicide, ce n'est pas vrai."

Questionnée sur les dysfonctionnements lorsque les femmes victimes de violences conjugales se rendent au commissariat pour porter plainte, Marlène Schiappa dit avoir "conscience" que l'écoute n'est pas toujours là. "Le Premier ministre a annoncé un audit, qui sera mené sur 400 commissariats et gendarmeries pour évaluer l'accueil et la prise en charge des femmes victimes", promet-elle. "Il ne faut pas que l'accueil dépende du bon vouloir de telle ou telle force de l'ordre. Cet audit, c'est une demande de longue date des associations. Je refuse d'entendre que tout a bien fonctionné et que tout le monde a bien fait son travail. Quand il y a un féminicide, ce n'est pas vrai."

La secrétaire d'État rappelle que les femmes pourront aussi "porter plainte à l’hôpital, si elles y ont été admises". Ce sera possible à partir du 25 novembre 2019, ce qui n'était pas le cas jusqu'alors. Elle assure aussi que les sanctions pénales pour violences conjugales se sont durcies. "On a augmenté, l'été dernier, les circonstances aggravantes lorsque les violences sont commises en présence d'enfants, et nous avons inscrit dans la loi les couples qui ne cohabitent pas ensemble. Car il y avait des difficultés au moment de la plainte quand deux personnes n'habitaient pas ensemble."

La secrétaire d'État veut aussi une meilleure prise en charge des auteurs des violences conjugales, une fois leur peine purgée, à travers des groupes de paroles obligatoires. 

Des moyens financiers suffisants ?

C'est une demande des associations : mettre plus de moyens financiers dans la lutte contre les violences conjugales. La France semble à la traîne comparée à ses voisins, notamment l'Espagne qui met, chaque année, une enveloppe de 200 millions sur la table. "L'argent, ce n'est pas une fin en soi, c'est un moyen au service de quelque chose", rétorque Marlène Schiappa. "Par exemple, sur les "téléphones grave danger", les moyens sont là. Ces téléphones sont payés. Sauf que j'ai découvert que la plupart d'entre eux sont dans un placard." Sur les 837 appareils déployés, un tiers n'a pas été attribué.

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