Un vide sanitaire débute ce lundi dans les Landes pour lutter contre le virus H5N8 dans les élevages de palmipèdes. En quoi consiste-t-il ? La réponse de Marie-Pierre Pé.

Les installations sont dépeuplées de tout animal lors d'un vide sanitaire
Les installations sont dépeuplées de tout animal lors d'un vide sanitaire © Maxppp / Sébastien Lapeyrere

Pour tenter de juguler définitivement l'épizootie de grippe aviaire, un nouveau vide sanitaire débute lundi dans cinq départements avant une révision totale des pratiques de la filière. Ce vide sanitaire obligatoire de six semaines, a été annoncé dès février par Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture. Cette mesure vient compléter l'abattage préventif des oies et des canards mis en place début janvier. Plus de 4 millions de palmipèdes ont été euthanasiés, essentiellement dans Les Landes et le Gers, premiers départements producteurs.

Qu’est-ce-qu’un vide sanitaire ?

Marie-Pierre Pé est la porte-parole du Cifog, le comité interprofessionnel des palmipèdes à foie-gras. Elle explique en trois points ce qu'est le vide sanitaire : Il consiste à dépeupler une zone pour qu'il n'y ait plus d'animaux. Le virus perd ainsi son support et disparaît. Dépeupler une zone peut être fait de deux manières : aller jusqu'à la fin du cycle de production (c'est par exemple ce qui a été décidé l'an dernier) ou abattre les animaux, l'abattage préventif permettant d'arrêter la propagation du virus. C'est la période pendant laquelle il n'y a plus aucun animal dans la zone qui est appelée 'vide sanitaire'.

Comment s'applique-t-il ?

Une fois la zone vierge de tous palmipèdes (qui est le support privilégié du virus H5N8), il faut nettoyer et désinfecter toutes les installations, tous les parcours empruntés par les animaux. Il faut enlever les fumiers et les lisiers, les épandre dans des conditions particulières, tout doit être lavé avec des outils à haute-pression pour enlever les matières fécales et les plumes, nettoyer tous les recoins dues bâtiments" explique Marie-Pierre Pé. Quand le nettoyage à l'eau chaude est terminé, un produit désinfectant est utilisé pour traiter le virus s'il persiste. Il faut ensuite attendre deux à trois semaines, ce qui correspond à peu près à la durée d'incubation du virus, sans aucun animal (c'est cette période précise qu'on appelle 'vide sanitaire'). Puis des contrôles sont effectués par les services vétérinaires qui s'assurent que le virus a totalement disparu et, si c'est le cas, l'activité peut redémarrer.

Pourquoi mettre en place un vide sanitaire ?

Le virus H5N8 est extrêmement agressif et virulent pour les palmipèdes sur lesquels il provoque d’importantes mortalités. Le moyen de lutte qui a d'abord été retenu était d'abattre les canards dans des zones réglementées autour des élevages touchés par le virus. Mais cette mesure s'est révélée être insuffisante dans certaines zones où la densité de production était trop importante pour éviter d'avoir une contamination d'élevage en élevage. Un autre facteur qui peut expliquer que cette méthode n'a pas été efficace à 100% : en février, de forts vents du sud ont soufflé dans la région, ce qui a pu favoriser le déplacement du virus car la contamination peut être aéroportée.

Une zone vide tout animal est le seul moyen pour se débarrasser du virus

C'est le seul moyen pour éradiquer le virus. L'an dernier, un vide sanitaire avait aussi été mis en place dans le sud-ouest pour éradiquer le virus H5N1, il n'est pas réapparu depuis.

Le vide sanitaire s'accompagne aussi de mesures concernant les mouvements d'animaux. Il ne peut pas y avoir de mise en place ou d'échange d'animaux avec les zones voisines. Une zone de contrôle est instaurée. Les services vétérinaires s'appuient sur les avis des épidémiologistes et des spécialistes, notamment de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), pour définir la zone pertinente où l'on sera sûr d'éradiquer le virus et pour isoler les zones de haute densité qui seront incluses dans ce vide.

Le retour des animaux est prévu à partir du 29 mai, ce qui devrait permettre d'assurer la présence du foie gras du Sud-Ouest sur les tables pour les fêtes de fin d'année.

►►►La carte des élevages touchés par le virus dans le sud-ouest de la France :

32 acteurs de la filière avicole, des banques aux coopératives en passant par les éleveurs, accouveurs, transporteurs, et syndicats agricoles, ont signé jeudi 13 avril au ministère de l'Agriculture un "pacte" visant à réformer en profondeur les méthodes de production et de transport afin de limiter à l'avenir les risques de propagations virales.

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