Sur Facebook, des pages réunissant parfois des milliers de personnes, remettent en question le port du masque. Antoine Bristielle, chercheur à Sciences Po Grenoble, les a interrogées pour savoir ce qu'elles pensent. Avec des résultats parfois surprenants.

Chez les "anti-masques", le niveau de confiance dans l’institution présidentielle est de 6%, contre 34% pour le reste de la population.
Chez les "anti-masques", le niveau de confiance dans l’institution présidentielle est de 6%, contre 34% pour le reste de la population. © AFP / Frédéric Scheiber

Ce sont des groupes qui connaissent un engouement certain depuis le déconfinement : des pages Facebook "anti-masque" qui séduisent des milliers de Français. Elles remettent en cause le port du masque, prétendent qu'il ne sert à rien, ou qu'il est liberticide. Une enquête, à paraître début septembre à la Fondation Jean Jaurès, s'est penchée sur ces réfractaires. Plus de 1 000 personnes qui adhérent à ces pages ont été interrogées. Que pensent-elles ? Quel est leur profil ? Éléments de réponse avec l'auteur de l'étude, Antoine Bristielle, professeur agrégé de sciences sociales et chercheur en sciences politiques à Sciences Po Grenoble.

FRANCE INTER : Ce qui ressort de votre enquête, c'est une méfiance des "anti-masques" vis-à-vis des institutions ?

ANTOINE BRISTIELLE : "Tout à fait. Le point le plus important, c’est la très grande défiance que ces personnes éprouvent envers les institutions, qu’elles soient médiatiques ou politiques. Ce sont des personnes qui ont très peu confiance dans les discours qui sont produits. À titre d'exemple, le niveau de confiance dans l’institution présidentielle est de 6%, contre 34% pour le reste de la population. Le niveau de confiance dans les partis politiques est seulement de 2%, très faible par rapport à ce qu’on peut observer aussi chez les Français."

Les adhérents à ces groupes adhèrent-ils à des théories du complot ?

"Effectivement, il y a un lien entre cette défiance et des thèses complotistes. Plus de 50% croient ainsi en l’existence des Illuminatis, plus de la moitié croient en la théorie du grand remplacement, plus de la moitié croient aussi en l’existence d’un complot sioniste à l’échelle mondiale. Ce sont des scores largement supérieurs à ce qu’on peut observer dans le reste de la population française."

Quel est le profil de ces "anti-masques" ?

"Ce sont des profils atypiques. On pourrait penser que ce sont des personnes qui n’ont pas forcément un bagage intellectuel très important. Au contraire, il y a 36% de cadres dans l’échantillon interrogé, soit le double de ce qui existe dans la population française. Ce sont des individus plutôt éduqués, avec une moyenne de bac 2, et aussi des individus plutôt âgés et féminins, plus de 60% des femmes."

Ce qui va les caractériser aussi, c’est quelque chose d’assez peu étudié en France : la question libertaire. Ce sont des personnes qui refusent qu’il y ait des institutions qui leur disent quoi faire. Elles placent une très grande importance dans le respect de leur liberté, et leur liberté à l’heure actuelle, c’est celle de choisir de ne pas porter un masque."

Avant les anti-masques, vous avez aussi réalisé il y a un mois une enquête dans des groupes pro Didier Raoult, scientifique controversé. Qu'en ressort-il ?

"Le motif principal des soutiens à Didier Raoult, c’est aussi la grande défiance qu’ils peuvent éprouver par rapport aux institutions classiques, politiques et médiatiques. Parmi les fans de Didier Raoult, seuls 11% déclaraient avoir confiance dans l’institution présidentielle, contre 34% dans la population française. La confiance dans Emmanuel Macron était aussi de 4%, alors qu’elle était autour de 34% à cette époque-là. 

Ces personnes se disaient intéressées par la politique, mais pas par les formes institutionnalisées de la politique. Elles ne vont pas se sentir proches d’un parti, mais ce n’est pas pour ça qu’elles vont émettre des avis réellement politique. Plus précisément, quand on demandait à ces personnes de se positionner sur l’axe gauche-droite, on se rendait compte qu’il y avait un vrai tropisme de droite parmi les soutiens de Didier Raoult.

En outre, une majorité de ses soutiens déclaraient que si une personnalité du type Cyril Hanouna, Jean-Marie Bigard ou Michel Onfray venait à se présenter aux prochaine présidentielles, ce serait finalement plutôt une bonne chose pour la démocratie."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.