Le 25ème rapport de la Fondation Abbé Pierre publié ce jeudi met en lumière les difficultés rencontrées par les personnes seules dans l'accès au logement, alors que leur nombre ne fait qu'augmenter depuis plusieurs décennies. L'association interpelle aussi l'État et les élus locaux à moins de deux mois des municipales.

Vivre seul rend plus vulnérable
Vivre seul rend plus vulnérable © Getty / Westend61

C'est l'une des questions sociétales majeures des prochaines années. Quel logement pour les personnes seules qui représentent désormais 35% des ménages français et jusqu'à 50% dans les métropoles ? "Mise en couple plus tardive, séparations conjugales accrues, vieillissement de personnes isolées après le décès du conjoint" sont autant de facteurs qui favorisent la demande de petits logements, détaille le 25ème rapport de la Fondation Abbé Pierre publié ce jeudi

Pénurie de (petits) logements 

Or, "habiter seul, notamment dans les zones tendues, ce sont des prix au mètre carré supérieurs à la moyenne", et un taux d'effort de 46% pour les personnes pauvres, soit 10 points de plus que pour les ménages pauvres et près de 20 points de plus que pour l'ensemble des ménages, selon les statistiques compilées par l'association. 

Non prioritaires dans l'accès à un hébergement d'urgence, les personnes seules sont aussi confrontées à des temps d'attente beaucoup plus longs pour accéder à un logement social. Le parc HLM composé en grande partie d'appartements familiaux manque de T1 et de T2, alors même que cette typologie de logements représente près de la moitié des demandes. 

Pour résoudre cette problématique, certains départements, comme le Calvados, ont mis en place des incitations financières à destination des bailleurs sociaux pour favoriser la construction de petits logements. Mais il faudra encore des années avant de rééquilibrer l'offre et la demande sur ces appartements de petite taille et à des loyers abordables.

Habiter seul, note le rapport, "c'est aussi faire face à un isolement relationnel qui accroît la vulnérabilité lorsque des imprévus surviennent, ou lorsqu'il faut accomplir des démarches pour faire valoir son droit au logement". Un risque qui concerne notamment les publics les plus précaires. 

Des ambitions... et des coupes budgétaires

Concernant le bilan de la politique du logement menée par le gouvernement depuis le début du quinquennat, la Fondation Abbé Pierre s'interroge. Comment atteindre les ambitions affichées, tout en faisant du logement un gisement pour réaliser des économies? Baisses des APL, refonte du mode de calcul des aides au logement, coupes budgétaires pour les bailleurs sociaux : le rapport évalue à 3,9 milliards d’euros les économies réalisées en 2020 en année pleine, sur le seul secteur du logement. 

Le modèle même du logement social français est fragilisé, affirme la Fondation Abbé Pierre, alors que de nouvelles inquiétudes apparaissent notamment autour de la réforme des minima sociaux : le futur Revenu universel d'activité, dont lequel les APL seront fondues.

Futurs maires, saisissez-vous du logement ! 

À quelques semaines des municipales, l'association interpelle enfin les élus locaux, en première ligne pour lutter contre le mal-logement. Respect des droits des personnes sans-abris, réforme des attributions HLM, respect des objectifs de la loi SRU, résorption de l'habitat indigne et de la précarité énergétique... les chantiers et les moyens d'agir existent, martèlent les auteurs du rapport. 

Pourtant le logement reste encore l'un des oubliés de la campagne des élections municipales. Loin d'être suffisamment au centre des débats en tout cas, au regard des enjeux. 

"L'année 2019 aura été une année ponctuée de sombre records", selon l'association. Records des nuitées hôtelières pour héberger 49 733 personnes chaque nuit en France ( 7% par rapport à 2018). Record du nombre de ménages en attente d'un logement social (2 113 000 ménages). Record d’expulsions locatives avec le concours de la force publique (15 993 ménages expulsés fin 2018). Record des prix de l'immobilier à Paris où le prix du mètre carré a dépassé la barre des 10 000 euros. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.