Après Ubisoft et Riot Games ces derniers mois, un autre éditeur de jeux vidéo, Activision Blizzard, se retrouve accusé d'avoir laissé prospérer un climat discriminatoire et sexiste, allant jusqu'au harcèlement, parfois sexuel, de certaines salariées.

Des salariés ont manifesté mercredi devant le siège d'Activision.
Des salariés ont manifesté mercredi devant le siège d'Activision. © AFP / David McNew

Combattre le mal dans les jeux, oui, mais aussi dans la vraie vie. Mot d'ordre des plus clairs, brandi mercredi, alors que se réunissaient des dizaines de salariés d'Activision Blizzard pour protester contre le climat de discrimination et de harcèlement qui règne, selon eux, au sein de l'entreprise américaine éditrice de jeux vidéo. Au total, 200 personnes se sont massées dans le calme à Irvine (Californie) devant le siège de Blizzard Entertainment, filiale d'Activision, jugeant insuffisantes les réponses apportées dans un premier temps par l'éditeur, créateur de la saga "Call of Duty".

Quels sont les faits reprochés à Activision Blizzard ?

Le 22 juillet, Activision Blizzard a été accusé devant la justice de favoriser une culture du harcèlement sur fond d'inégalités dans la gestion des carrières. La plainte, déposée par le Department of Fair Employment and Housing (DFEH), une agence de l'État californien, devant la Cour supérieure de Los Angeles raconte le détail de certains jeux auxquels certains employés hommes se livrent, alcoolisés, accompagnant le tout de propos sexistes contre leurs collègues féminines, qui ne représentent que 20% des employés du groupe.

"Des employés masculins arrivent fièrement saouls au travail, jouent aux jeux vidéo durant de longues périodes pendant leurs heures de bureau et délèguent leur travail à des femmes", indique la plainte. "Ils plaisantent sur leurs relations sexuelles, parlent ouvertement du corps des femmes et blaguent sur le viol." La politique salariale est aussi pointée du doigt, tout comme l'évolution des femmes dont "très peu" parviennent à des postes à responsabilités. Il est enfin reproché à l'entreprise de ne pas avoir assez considéré les plaintes de salariées. Ces situations concernent en partie des cadres de haut rang et des membres des ressources humaines, qui auraient même parfois fait fuiter certaines plaintes.

Les salariés se sont-ils mobilisés ?

Oui, face à ce climat, d'anciens et actuels employés ont appelé à une grève qui s'est tenue mercredi pour réclamer les "changements systémiques nécessaires" à la protection "des femmes et des genres marginalisés" jusqu'ici chez Activision. 2.000 personnes ont aussi signé une lettre qui s'indignait de la réponse initiale de la direction à la justice, jugée "odieuse et insultante", et dans laquelle le groupe estimait que les accusations "ne représentaient pas l'environnement de travail" chez Activision Blizzard.

L'équipe du jeu "World of Warcraft", développé par Blizzard Entertainment, a même posté sur ses réseaux sociaux une déclaration commune, jugeant que ce n'était ni aux managers ni à la direction de décider quand les mesures suffisantes seraient prises mais bien aux salariés. "Nous nous engageons à prendre les mesures nécessaires pour garantir un environnement inclusif, accueillant et sûr à la fois pour notre équipe et pour nos joueurs."

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Comment a réagi Activision ? 

Après une première réaction jugée a minima maladroite, le patron d'Activision Blizzard a annoncé une série de mesures pour lutter contre le harcèlement et les discriminations au sein de l'entreprise, évoquant une évaluation des managers et dirigeants de l'entreprise : "Toute personne ayant entravé l'intégrité de notre processus d'évaluation des plaintes et de sanctions sera licencié", a écrit Boby Kotick dans une lettre aux salariés.

Un cabinet d'avocats a été mandaté afin d'évaluer la politique de l'entreprise en matière d'inclusion. Les salariés pourront rapporter de façon anonyme à ses représentants les potentiels faits répréhensibles commis au sein de l'entreprise ces dernières années.

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Activision prévoit aussi des moments d'écoute de ses salariés, la modification de certains jeux qui contiendraient des passages inappropriés et promet enfin d'améliorer sa politique de recrutement pour que les responsables "disposent de listes de candidats diversifiés pour l'ensemble des postes ouverts".

Est-ce la première affaire dans le monde du jeu vidéo ? 

Non, depuis un an, les affaires de ce genre se sont multipliées. L'éditeur français Ubisoft ("Assassin's Creed") avait notamment été éclaboussé à l'été 2020 par de multiples révélations sur le comportement sexiste et violent de plusieurs de ses cadres, entraînant plusieurs départs. Il y a une semaine, le groupe a fait l'objet d'une plainte par deux anciennes salariées au tribunal judiciaire de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour "harcèlement institutionnel" contre le groupe et dix personnes physiques, dont le PDG Yves Guillemot.

En février, l'éditeur et développeur américain de jeux vidéos Riot Games, à l'origine du célèbre "League of Legends", et son patron français, Nicolo Laurent, ont été poursuivis par une ex-employée devant un tribunal de Los Angeles. Une commission spéciale du conseil d'administration avait jugé en mars qu'il n'y avait "aucune preuve" de l'implication de son patron.