Au sein des entreprises, les salarié-e-s peuvent désormais solliciter des "référents harcèlement sexuels" désignés parmi les représentants syndicaux. Une avancée qui doit permettre de briser le silence, mais ces nouveaux interlocuteurs privilégiés des victimes se heurtent à de nombreux freins.

Depuis le 1er janvier 2019, la loi impose dans les entreprises la nomination de référents en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes.
Depuis le 1er janvier 2019, la loi impose dans les entreprises la nomination de référents en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. © Radio France / Claire Chaudière

Dernier témoignage reccueilli ? "Il y a moins de 48 heures", nous confie Camille élue CGT dans une grande entreprise lyonnaise : une CDD harcelée par son supérieur hiérarchique, explique-t-elle, à coup de "Tu vas passer sous le bureau" ou encore "montre-moi ta culotte". "Scandaleux, mais assez classique", lâche cette militante.

Depuis 2 ans les choses bougent. Le sujet monte mais ça reste extrêmement difficile.

"Les victimes de harcèlement sont souvent des précaires ; parfois des jeunes en apprentissage, totalement démunies. Il y a des gestes déplacés, des mains aux fesses aussi", poursuit cette salariée habituée à écouter et accompagner ses collègues décidées à "sortir d'une spirale infernale".

Des interlocuteurs dédiés mais pas encore tous formés

Depuis le 1er janvier 2019, la loi impose de nommer un référent par entreprise (parmi les membres du CSE) pour lutter contre le harcèlement et les agissements sexistes. Dans les sociétés de plus de 250 salariés, un référent côté employeur est également désigné.

Nommé référent harcèlement sexuel il y a quelques mois dans le secteur de l'informatique, Bruno, syndiqué à la CFDT, a choisi de s'attaquer dans un premier temps au sexisme d'ambiance de travail : "Les blagues graveleuses à la machine à café notamment. J'ai envoyé un mail à tous mes collègues avec quelques rappels et une petite vidéo sur la notion de consentement. Ce qui a suscité le débat, et des collègues femmes sont venues me voir pour me remercier."

"La nomination de ces référents est une avancée, confirme Marie, élue Sud dans le secteur des PTT et très investie sur les questions de violences sexuelles, mais une avancée très insuffisante. C'est une nouvelle porte d'entrée pour les victimes mais sans moyens, sans heures dégagées pour faire tout ce travail, c'est très compliqué. Sans compter que les référents ne sont pas tous formés à recueillir la parole des victimes. Or, ça ne s'improvise pas. Il faut être capable de frapper aux bonnes portes, d'orienter les personnes harcelées, alors que le système va tenter par tous les moyens de se protéger."

Des harceleurs rarement sanctionnés ?

"Malheureusement, encore aujourd'hui, il est extrêmement rare qu'un cas soit véritablement porté par l'entreprise et débouche sur de véritables sanctions ou même une éviction", regrette Marie. "Les cadres ont tendance à se protéger, pour ne pas avouer du même coup qu'ils auraient dû intervenir plus tôt. Le risque de l'image pour l'entreprise est très fort", explique-t-elle

On préfère parfois ne rien faire ou déplacer discrètement quelqu'un plutôt que de risquer une mauvaise publicité. Or tout cela va décourager progressivement les victimes de prendre la parole.

Enquêtes et sanctions sont pourtant de plus en plus nombreuses, assurent plusieurs DRH de grands groupe. Mais elles seraient souvent tenues secrètes. 

Plus de transparence (en obligeant par exemple à publier annuellement le nombre et le type de sanctions) et une meilleure protection des référents harcèlement sexuel, sont donc nécessaires, insiste le Haut Conseil à l'Egalité dans un rapport publié cette semaine. Les référents harcèlement devenus de fait des lanceurs d'alerte.

#ToutesFéministes : Journée spéciale sur France Inter, vendredi 6 mars 2020, avec Konbini

Aller plus loin

• UN COUP D'AVANCE - Égalité femmes-hommes : ces entreprises qui ont (déjà) allongé le congé paternité

• LIRE - #UberCestOver, #JaiÉtéviolée, #JeDisNonChef : les derniers combats féministes en dix hashtags

• LIRE - Quelle serait LA mesure qui permettrait de faire avancer les droits des femmes en France ? Nous avons demandé à des féministes de choisir une mesure prioritaire à leurs yeux pour faire avancer l'égalité entre les femmes et les hommes en France. Voici leurs réponses.

• ÉCOUTER - Marguerite Stern : "Le patriarcat est un système : il faut s'attaquer à tous les maillons de ce système"

• A VOIR - "Sexe sans consentement" : céder, ce n'est pas dire oui. Un documentaire donne la parole à des femmes qui ont vécu, souvent très jeunes, une relation sexuelle dont elles ne voulaient pas. Illustration implacable de la culture du viol. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.