"Qui veut la tête d'Harry Potter ?" se demande en Une le magazine "Society". Son autrice J.K. Rowling est au cœur d'une polémique depuis des mois, ce qui n'est pas sans conséquences sur les ventes de livres de la saga. Dans "L'été comme jamais", Dorothée Barba et son invitée font le point.

Séance de dédicaces pour JK Rowling en 2007
Séance de dédicaces pour JK Rowling en 2007 © AFP / TIMOTHY A. CLARY / AFP

Dorothée Barba recevait la journaliste Hélène Coutard, qui signe une enquête "Harry Potter contre 2020" pour le magazine Society. Elles reviennent notamment sur l'origine de la polémique autour de J.K. Rowling, et des conséquences de cette dernière. 

Jusqu'alors la vie de J.K. Rowling était pourtant presque un conte de fée. Mère célibataire au chômage, elle écrit ses livres dans son petit appartement d'Edimbourg, et met plusieurs années à trouver un éditeur. La suite, on la connaît. Succès international, l'auteure devient la préférée des Anglais et même plus riche que la reine d'Angleterre. Lorsque tout vacille... 

Des propos transphobes 

"Féerie" des temps modernes, tout a commencé sur Twitter, où J.K. Rowling y a tenu des propos contre les personnes trans ou approuvé d'autres propos transphobes. 

Habillez-vous comme vous le voulez. Faites-vous appeler comme vous le voulez. [...]  Mais faire perdre leur emploi à des femmes parce qu'elles disent que le sexe est une réalité ?

Ce premier tweet de décembre 2019 était fait en soutien à Maya Forstater, une femme ayant perdu son travail après avoir tenu des propos transphobes. Ce n'est que le premier d'une série. Une chronologie des faits est par ailleurs résumée ici. 

Elle s'en est expliquée depuis, en précisant notamment qu'elle s'intéresse de près à la transidentité pour les besoins d'un roman. Cependant le mal était fait, et la polémique lancée. Hélène Coutard précise : 

"Des tribunes ont été écrites contre elles, les acteurs se sont exprimés pour dire qu'ils ne cautionnaient pas ses propos. Et les fans de la série se demandent s'ils peuvent continuer à suivre la série."

La communauté se déchire complètement car évidemment on a d'un côté ceux qui souhaitent séparer l'artiste de l'oeuvre, et ceux qui souhaitent un boycott total.

Généralement les livres d'Harry Potter se vendent très, très bien avant l'été. En 2019, plus de 35% et en 2020 seulement 7%, signe donc qu'il se passe quelque chose.

Dépassée par ses propos, dépassée par ses personnages ? 

Pour Hélène Coutard, il est évident que, lorsque l'on invente un personnage aussi connu qu'Harry Potter, celui-ci vous échappe. Et c'est quelque chose que J.K. Rowling n'a jamais accepté. 

Elle veut garder le contrôle sur le monde qu'elle a créé. 

"Elle invente donc des suites, ce qui est déjà un sujet de tension avec la communauté de fans d'Harry Potter, frustrés de ne pouvoir les imaginer eux-mêmes." 

Harry Potter est désormais indissociable de la culture anglaise, il la représente aux yeux du monde. Dès lors appartient-il encore à sa créatrice ou à ses milliers de lecteurs ? Difficile de répondre. Mais ce qui est certain c'est que l'univers créé par les fans est vaste ! Ils se définissent d'ailleurs eux-mêmes comme des Potterhead et sont actifs depuis 1997-98. 

Cas d'école de la "cancel culture"

Cette affaire est donc à nouveau un débat sur la "cancel culture" (NDLR : culture de l'effacement). 

"La cancel culture est un phénomène que l'on a vu apparaître ces dernières années sur les réseaux sociaux. Lorsqu'un grand nombre de gens estiment qu'un livre, un film, un tweet... ne correspondent pas à l'époque (voire sont rétrogrades), ils appellent à "annuler" l'auteur derrière ces propos. Et cela prend souvent la forme d'un harcèlement." 

Certains voient cette pratique comme un danger pour la liberté d'expression. Pour autant, critiquer des gens n'est pas un phénomène nouveau. La nouveauté réside simplement dans l'ampleur que prennent ces critiques du fait qu'elles sont amenées via les réseaux sociaux et leur caisse de résonance immense. 

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