Le malaise est perceptible. Quand David Pujadas interroge François Hollande sur les questions de justice et, plus directement, de sévérité, le président ne semble pas vouloir parler de la même voix que la garde des Sceaux. Ainsi, concernant les peines planchers, indique t’il qu’elles seront supprimées « quand on aura trouvé un dispositif qui permet d’éviter la récidive » . Ajoutant très vite « On va le trouver, bien sûr. Parce que l’objectif, c’est de traiter le problème. Il faut qu’on ait tous les moyens de le faire » .

François Hollande, Christiane Taubira, Manuel Valls en conseil des ministres
François Hollande, Christiane Taubira, Manuel Valls en conseil des ministres © REUTERS/Thibault Camus

Sur le fond de cette question, François Hollande recentre correctement le problème de la lutte contre la récidive en France, c'est-à-dire le manque de moyen perceptible à tous les échelons de la chaîne pénale. Ce qui entraîne aujourd’hui un quasi « abandon » du détenu là où il faudrait un accompagnement sur la voie de la réinsertion et/ou de la guérison.

Mais sur la forme, le président de la République tient ici le discours inverse de sa ministre de la Justice. A Christiane Taubira qui prône l’abandon des peines plancher avant tout, en expliquant que cette mesure n’est ni efficace, ni appliquée, tant au stade des réquisitions qu’à celui des condamnations, François Hollande demande l’inverse : on résout le problème de la récidive (que les peines planchers seraient donc censées contribuer à résoudre) et on supprime ensuite.

C’est à n’y plus rien comprendre. Les peines plancher sont-elles oui ou non efficaces dans la lutte contre la récidive ? Les peines plancher sont-elles oui ou non appliquées (auquel cas leur disparition ne devrait pas créer un grand vide) ?

Dans sa circulaire de politique pénale du 2 octobre dernier, la ministre de la Justice avait enjoint les magistrats à ne pas faire une application systématique des peines plancher. Mais il y a quelques jours, dans le journal Libération, elle sentait peut-être déjà le vent tourner, promettant toujours l’abrogation des peines plancher avant d’ajouter un enigmatique «Si on me donne un ordre contraire, j’aviserai à ce moment-là. Pour l’instant, je ne l’ai pas!» .

Voilà qui est fait. François Hollande semble renoncer à ce qui était un de ses 60 engagements de candidat. Certainement parce que le « signal » d’un tel abandon n’est plus envisageable quand on en arrive à un tel niveau d’impopularité. Encore lui faudra-t-il mesurer un autre malaise, celui qui gagne les magistrats. Ils voient une à une les promesses du candidat Hollande pour une grande réforme de la Justice tomber dans la poubelle du Président Hollande.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.