[scald=106299:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Les meurtres de Toulouse et Montauban obligent François Hollande à négocier un virage délicat dans sa campagne pour l'élection présidentielle, l'inquiétude provoquée par ces violences pouvant potentiellement favoriser le président sortant.

Le doute ne semblait toutefois pas saisir mardi l'équipe du candidat socialiste, qui se félicitait de l'union nationale affichée face à un drame susceptible d'imposer dans le débat le thème du "vivre ensemble" cher au camp PS.

En choisissant de suspendre sa campagne lundi matin, puis de se rendre à Toulouse, François Hollande s'est franchement placé dans les pas de Nicolas Sarkozy. Même similitude mardi dans la minute de silence observée par le candidat PS et le chef de l'Etat dans deux écoles de la République.

Et, comme lundi soir dans une synagogue parisienne, les adversaires devraient se retrouver mercredi à Montauban pour les obsèques de militaires tombés la semaine dernière sous les balles de l'homme désormais le plus recherché de France.

"L'un et l'autre n'en ont pas rajouté, ce qui donne le sentiment que les politiques ont été à la hauteur", soulignait mardi le député de Seine-Saint-Denis Claude Bartolone.

"François Hollande a trouvé le bon ton hier, il ne s'est pas laissé distancer", a estimé l'ancien ministre.

"ON RESTE SEREIN"

La coûteuse annulation du grand meeting de mardi soir à Rennes, où devait intervenir l'ex-candidate PS de 2007 Ségolène Royal, symbolise l'importance accordé au temps du deuil par un candidat soucieux de soigner sa stature d'homme d'Etat.

"On reste serein, il faut d'autant plus l'être dans une situation aussi grave", souligne un membre de l'organisation.

"La campagne va reprendre. On avait de toutes façons décidé d'intensifier les déplacements de proximité pour tenir compte de l'égalité des temps de parole", explique-t-il.

Attendu à Tulle vendredi pour une session consacrée au budget du Conseil général de Corrèze qu'il préside, François Hollande doit passer un week-end de campagne en Corse.

A la question de savoir comment va évoluer la campagne, ses proches pensent que les drames récents imposent davantage le thème d'une société unie dans sa diversité, défendu par leur camp, que celui de la sécurité préféré à droite.

"Je pense que le thème du vivre ensemble va être absolument essentiel dans la campagne", estime ainsi l'ancienne ministre de la Justice, Elisabeth Guigou.

Un fait divers, même exceptionnel, ne saurait détourner les Français de "leurs préoccupations fondamentales que sont le logement, l'emploi ou l'éducation de leurs enfants", estime pour sa part le député européen Vincent Peillon.

"Pensez-vous qu'un drame comme ça va tout changer, qu'ils vont se laisser manipuler ?", a-t-il dit à Reuters. "Ce n'est pas parce qu'il y aurait des morts, que vous vous réunissez dans la dignité et la solidarité, que les problèmes vont être réglés ou que leur hiérarchie va changer".

"Le temps suspend son vol et la campagne va reprendre son cours", prédit Vincent Peillon, caressant l'espoir qu'elle le fasse sur un "autre ton" que celui de l'agressivité.

"LA QUESTION DE LA SÉCURITÉ REVIENT"

L'histoire récente retient l'exemple des élections législatives espagnoles de 2004, qui ont vu le favori conservateur Jose Maria Aznar céder la place au socialiste Jose Luis Rodriguez Zapatero pour avoir mal géré les attentats islamistes de la gare d'Atocha, qui avaient fait 190 morts.

Les faits "ne sont pas de même nature", dit Vincent Peillon, qui reconnaît en outre que tant que "ce tueur, ce barbare n'est pas arrêté, le temps suspend son vol aussi dans la crainte".

S'il a prôné dans la matinée sur RMC et BFM-TV une nécessaire "union des Français face à l'agression", François Hollande n'a pas attendu la reprise officielle de sa campagne pour décocher quelques flèches à Nicolas Sarkozy.

"La question de la sécurité, forcément, revient", déclarait-il à la mi-journée lors d'une rencontre avec des responsables religieux du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), où il a déploré la baisse d'effectifs dans les forces de l'ordre et évoqué "les efforts de la police de proximité inutilement raillés" par le président sortant.

"Ce que vous attendez, c'est l'apaisement. Je retiens ce mot, il est celui qui correspond à la nécessité du moment", a-t-il dit à ses interlocuteurs de toutes confessions.

"L'apaisement n'est pas l'ignorance des problèmes ni la faiblesse", a-t-il répondu à ceux qui l'accusent de mollesse avant de conclure, catégorique : "Comment voulons-nous vivre ensemble ? C'est la question majeure qui est posée".

Editée par Yves Clarisse

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