Ce vendredi matin, la Haute Autorité de santé a officialisé sa préconisation du déremboursement de l'homéopathie.

L'homéopathie bientôt déremboursée en France?
L'homéopathie bientôt déremboursée en France? © AFP / Riccardo Milani / Hans Lucas

La Haute autorité de santé (HAS) estime que l'homéopathie ne doit plus être remboursée par la Sécurité sociale car son efficacité n'est pas prouvée. C'est du moins l'avis qu'elle vient de rendre publicce vendredi. 

La commission de la transparence de la HAS a mené la première évaluation scientifique française sur les médicaments homéopathiques. Elle a concerné près de 1 200 médicaments homéopathiques (1 200 souches qui peuvent avoir chacune des taux de dilution différents et être combinées entre elles), soit une évaluation beaucoup plus vaste que celles habituellement menées par la commission. Celle-ci a analysé plus de 1 000 publications scientifiques, les contributions des parties-prenantes ainsi que les documents et dossiers déposés par les trois laboratoires concernés (Boiron, Weleda et Rocal-Lehning).

La HAS avait déjà rendu un avis provisoire sur le sujet mi-mai, à la fin du processus d'évaluation scientifique. Cet avis prônait le déremboursement. Les laboratoires avaient alors la possibilité de défendre leur point de vue. Mais leur argumentation n'a visiblement pas fait changer d'avis la HAS. C'est la ministre de la Santé et des Solidarités Agnès Buzyn qui avait saisi la Haute Autorité en août 2018.

L'homéopathie sur le grill depuis plusieurs années

Déjà en mars, les Académies de médecine et de pharmacie avaient publié un communiqué commun réclamant la fin du remboursement de l’homéopathie par la Sécurité sociale et de son enseignement en facultés de médecine et de pharmacie. 

En 2017,  l'EASAC (Conseil scientifique des académies des sciences européennes) confirmait dans un rapport l’absence de preuve solide et reproductible de l’efficacité des produits homéopathiques.

La décision officialisée ce vendredi ne marque pas la fin du débat sur son déremboursement, puisque le gouvernement doit maintenant prendre la décision définitive. 

Or, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a affirmé à plusieurs reprises qu'elle suivrait l'avis de la Commission de la transparence de la HAS.  

Mais pas d'urgence pour l'instant : "Je n'ai pas reçu l'avis de la Haute autorité de santé. Aujourd'hui mon urgence est de gérer la canicule et son impact, la décision peut attendre encore quelques jours", a déclaré la ministre de la Santé jeudi matin sur France 2.

"Mon homéo, mon choix".

Avec une pétition qui revendique un million de signatures, médecins homéopathes et usagers ont appelé à manifester contre le déremboursement, à Paris sur l'esplanade des Invalides et à Lyon Place de la Comédie, ce vendredi. Slogan des manifestants : "Mon homéo, mon choix".

Une part infime du budget de la Sécu

Certains médicaments sont remboursés à 30% par la Sécurité sociale à la faveur d'un régime dérogatoire, leur efficacité n'ayant pas été évaluée scientifiquement jusqu'à présent. 

L'an dernier, le remboursement de l'homéopathie a représenté 126,8 millions d'euros sur un total d'environ 20 milliards pour l'ensemble des médicaments remboursés, selon l'Assurance maladie. 

Un déremboursement sera un coup dur pour les trois laboratoires fabricants, le Français Boiron (leader mondial), le Suisse Weleda et l'Allemand Lehning. Boiron réalise 60% de ses ventes en France sur des produits homéopathiques remboursables, soit 215 millions d'euros. 

Boiron premier laboratoire concerné par l'arrêt du remboursement de l'homéopathie
Boiron premier laboratoire concerné par l'arrêt du remboursement de l'homéopathie © Visactu / Visactu

Boiron anticipe une baisse de 50% des ventes sur ses produits remboursables la première année, puis de nouveau 50% la deuxième. Les labos assurent que cela va menacer 1 000 emplois chez Boiron en France (sur près de 2 500). 

Par anticipation, Boiron a d'ailleurs demandé à la Bourse de Paris de suspendre le cours de son titre dès mercredi.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.