La question Alleg
La question Alleg © Edition de Minuit

Henri Alleg, journaliste et militant communiste, est mort à 91 ans. Il avait été le premier à dénoncer l'usage de la torture pendant la guerre d'Algérie avec son ouvrage, La Question , publié en 1958 puis censuré. Le monde politique lui rend hommage.

François Hollande a salué, dans un communiqué, la mémoire de ce rescapé de la Guerre d'Algérie, militant communiste et "anticolonialiste ardent" :

Son livre, La Question, publié en 1958, alerta notre pays sur la réalité de la torture en Algérie. (...) toute sa vie, Henri Alleg lutta pour que la vérité soit dite, constamment fidèle à ses principes et à ses convictions.

C'est surtout le Parti communiste qui perd un de ses plus célèbres camarades. Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, touché par un "immense chagrin", lui a rendu hommage :

Le nom d'Henri Alleg demeurera irrémédiablement synonyme de vérité, de courage, de justice. Résistance à toutes les formes de domination et d'oppression, il a été du combat fondamental du XXe siècle pour l'émancipation du genre humain que fut la lutte anti-coloniale.

Pierre Laurent, au micro de Marion Lagardère

Une vie d'engagement

Harry Salem, né en juillet 1921 à Londres, est devenu Henri Alleg lors de son passage à la clandestinité pendant la guerre d'Algérie où il prend le parti de l'indépendance.

Au moment de l'insurrection, le 1er novembre 1954, Henri Alleg, journaliste, est directeur du quotidien Alger républicain et membre du Parti communiste algérien : les deux sont interdits et l'homme devient une cible pour les militaires français.

Le 12 juin 1957, il est arrêté tout comme son ami Maurice Audin qui mourra sous la torture. Henri Alleg, lui, survit aux sévices corporels et décide de dénoncer les exactions de l'armée française dans un ouvrage, La Question .

Il raconte notamment le "travail" des para : la gégène, l'étouffement par l'eau, les brûlures...

Publiée en 1958, le livre se vend à 60 000 exemplaires en quelques semaines puis est interdit, faisant l'effet d'une bombe dans une France qui attendra 1999 pour reconnaitre les méthodes des militaires pendant la guerre d'Algérie.

Dans un article consacré au livre, Jean-Paul Sartre écrivait en 1958: __

Alleg nous épargne le désespoir et la honte parce que c’est une victime et qui a vaincu la torture... Nous nous fascinions sur le gouffre de l’inhumain... L’inhumain n’existe nulle part, sauf dans les cauchemars qu’engendre la peur. Et justement le calme courage d’une victime, sa modestie, sa lucidité nous réveillent pour nous démystifier: Alleg vient d’arracher la torture à la nuit qui la couvre.

Henri Alleg est condamné en 1960 à 10 ans de travaux forcés en France puis s'évade un an plus tard. Il retourne à Alger et refonde son journal l'Alger républicain avant que le président Ben Bella ne mette fin au quotidien.

Il travaille ensuite à l'Humanité de 1966 à 1980 et restera toute sa vie adhérent au PCF.

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