Alors que la ministre du Travail, Muriel Pénicaud signe ce jeudi une charte pour lutter contre l'homophobie en entreprises, Yves-Alexandre raconte au micro de France Inter la longue descente aux enfers qu'il a subie au sein de son entreprise qui n'a pas, selon lui, pris la mesure de ce qu'il vivait.

La lutte contre l'homophobie se traduit encore trop rarement dans les actes au sein de l'entreprise.
La lutte contre l'homophobie se traduit encore trop rarement dans les actes au sein de l'entreprise. © AFP / Julien Mattia

Il y a 14 ans, Yves-Alexandre, salarié chez Orange, a été victime d'insultes homophobes et de harcèlement. À l'époque, l'affaire est médiatisée. La direction répond à nos confrères de France Info assurant avoir "réglé l'affaire sans l'étouffer". Mais à l'époque, les ressources humaines refusent de parler d'homophobie et préfèrent le mot de "dérapage". 

Orange pense résoudre la situation en exfiltrant le salarié de son service de l'époque. Du point de vue de l'entreprise, l’histoire semble alors terminée.

Yves Alexandre veut le croire aussi. Mais en réalité, le calvaire n'est pas fini. Rien n'a été réglé. Après cet épisode violent et douloureux, il sent que le malaise persiste. Il postule dans plusieurs services mais à chaque fois, on rejette sa candidature, parfois même sans explication, comme l'assurent les témoignages de collègues. Sous pression, persuadé d'être ostracisé, il parle de lui comme d'une " bête traquée". "J'ai l'impression que je boite et que l'entreprise me met des bâtons dans les roues ".

On le fait changer de service, et on fait en sorte au sein de l'entreprise que cela ne se reproduise pas. Pourtant, en 2010, il écrit à la direction, voyant sa carrière dérailler sans forcément comprendre ce qu'il s'est passé pour lui. Il subit les remarques d'une directrice qui lui fait notamment une réflexion sur sa tenue vestimentaire.

"On se demande ce que vous faites là, Yves-Alexandre, avec votre petite veste bleue en velours au milieu de vos collègues."

Après l'épisode de la veste, il redevient simple agent alors qu'il était devenu formateur sur ces plates-formes téléphoniques, dix ans auparavant... Une rétrogradation qu'il vit comme un rejet. Aujourd’hui dit-il, "L'entreprise ne veut plus de moi".

Orange reconnait la souffrance du salarié sans y voir de caractère homophobe dans cette dernière remarque vestimentaire et insiste sur les multiples actions menée au sein de l'entreprise  contre l'homophobie.

Il y a quelques années, un nouvel épisode va profondément marquer Yves-Alexandre. Dans les couloirs de l'entreprise, des affiches d'une association de lutte contre l'homophobie ont été arrachées. Il s'en inquiète auprès de la direction, et demande par ailleurs à ce qu'elles soient remises sur le murs... Une requête qui, il s'en rend bien compte, n’enthousiasme pas sa direction.

Ces remarques, vexations et humiliations répétées au fil de ans, le fragilise. Il le sent et perd progressivement confiance en lui. 

Balloté d'un service à l'autre, de plus en plus malheureux, devenu "un problème", ce salarié a décidé il y a quelque temps d'attaquer l'entreprise : "Je ne vois aucune issue", dit-il. "Et je pense à tous mes collègues qui se sont foutu en l'air. "

Souvent changé de poste, il finit par craquer et tombe en dépression il y a an. Il se sent acculé : "J'ai l'impression de revivre ce que des salariés d'Orange ont vécu avant de mettre fin à leurs jours et je ne veux pas que ça m'arrive". 

Pour lui, le problème n'a pas été traité. "L'entreprise veut taire le mot 'homophobie'", assure-t-il. En arrêt maladie depuis un an, Yves-Alexandre espère obtenir un congé sans solde pour pouvoir se reconstruire en dehors de l'entreprise.

Le témoignage d'Yves-Alexandre au micro de Laurent Kramer :

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E Homophobie au travail

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