Alors que le gouvernement de Viktor Orban a annoncé une loi pour réprimer la "promotion de l'homosexualité" auprès des publics mineurs, la marche annuelle des fiertés se tenait samedi dans les rues de la capitale, Budaptest. Des eurodéputés ont tenu à être présents, en soutien à la communauté LGBT+.

La marche annuelle des fiertés s'est tenue dans les rues de Budapest, la capitale.
La marche annuelle des fiertés s'est tenue dans les rues de Budapest, la capitale. © AFP

En Hongrie, la marche annuelle des fiertés a eu lieu samedi après-midi dans les rues de Budapest. L'événement s'est tenu alors que le gouvernement de Viktor Orban a annoncé un referendum sur sa loi controversée, une loi qui réprime la "promotion de l'homosexualité" auprès de publics mineurs. La Commission européenne a déclenché une procédure d'infraction pour tenter de faire annuler cette législation. 

En soutien à la communauté LGBT hongroise, des eurodéputés français ont pris part à la marche cet après-midi. C'est notamment le cas de Pierre Karleskind, membre du groupe politique "Renew", auquel est rattaché le parti d'Emmanuel Macron, LREM. Si la marche s'est déroulée, selon lui, sans grandes tensions, cela n'enlève rien aux intentions du gouvernement Orban. 

FRANCE INTER : Comment s’est déroulée cette marche ?

PIERRE KARLESKIND : "Il y avait une atmosphère bon enfant. Ceci dit, c'était très encadré, avec beaucoup de forces de police. Le long du parcours, il y avait quelques opposants qui criaient, mais vraiment une ambiance bon enfant. L'impression qu'il y a toute une société qui a aussi envie de respirer, ici, en Hongrie."

Quel message avez-vous souhaité envoyer au gouvernement hongrois, en participant à cette marche ?

"Tout simplement que n'allons pas être les têtes de Turc de cet effet de diversion ou de cette volonté d'enfumage. On sait qu’Orban est aux prises avec des affaires de corruption. Le rapport annuel de la Commission européenne est assez édifiant sur ce sujet-là. Il y a le sujet Pégasus. Et Orban essaie de s'en dédouaner en impliquant les questions LGBT . Et tout ça, moins d'un an des élections. Donc le message aujourd'hui, c'est 'Nous ne serons pas vos boucs émissaires'."

Pensez-vous que cette marche fasse infléchir les positions du gouvernement hongrois ?

"Mon sentiment, c'est que le gouvernement hongrois s'est déjà fait son idée. J'ai remarqué, en me promenant dans Budapest, qu'ils font un appel à une consultation nationale. J'ai regardé les questions posées... 'Est-ce que vous êtes pour ou contre la propagande homosexuelle dans les crèches ?', par exemple. Alors déjà, il faut définir ce que c'est que la propagande homosexuelle. Il y a deux réponses et à chaque fois, la première réponse est : 'J'aime la Hongrie. Je ne veux pas de la propagande homosexuelle dans les crèches.' Et l'autre : 'Oui, je trouve ça très bien qu'il y ait de la propagande homosexuelle dans les crèches.' Ces réponses sont une caricature de consultation. Bon nombre de militants politiques que j'ai rencontré me disent qu’ils ne lisent même plus ces documents. Je ne suis pas sûr que [cette marche] changera grand-chose sur le fond de la position du gouvernement."

Qu’espérez-vous que les institutions européennes fassent ?

"Il y a un ensemble de mesures de rétorsion possibles. On parle du fameux article 7 mais qui est un peu compliqué à mettre en œuvre sur l'État de droit puisqu'il nécessite une unanimité au Conseil. Mais nous avons voté dans le budget 2021-2027 des mesures qui permettent de suspendre certains fonds. Nous avons un effet de levier. Et puis il y a des mesures d’infraction sur des thèmes comme la liberté de création, la liberté des auteurs, la liberté du marché commun. Et quand vous interdisez la publication dans un pays de BD, par exemple, qui représentent des couples de même sexe pour les enfants, c'est une atteinte claire aux libertés fondamentales européennes. Donc, il y a une panoplie de mesures, ça prend du temps, ça crée de la frustration, on le sait, mais c'est l'État de droit. Nous nous battons pour les droits et nous nous battons avec l'État de droit."

Quand le gouvernement hongrois dit que cette loi "relève de sa souveraineté nationale", que lui répondez-vous ?

"Nul ne disconvient du fait que les questions d'éducation sont d'ordre national. Mais quand cela touche ce qui est fondamental (la liberté de création, les questions de discrimination)... C'est en toute souveraineté que la Hongrie est devenue membre de l'Union européenne et, dans les prérequis, pour être membre de l'Union européenne, il y a le respect des valeurs fondamentales. Tout ça, c'est la Hongrie qui l'a choisi en pleine souveraineté. Donc, il ne faut pas non plus renverser la charge de la preuve. Et puis, je dirai tout simplement qu'à un moment, est-ce vraiment à un gouvernement de dire comment les parents doivent élever les enfants ? Je ne crois pas. Et c'est pourtant ce que Viktor Orban est en train d'essayer de faire."