Depuis plus de deux semaines, le centre hospitalier du Rouvray est en grève, et sept de ses salariés sont même en grève de la faim pour protester contre leurs conditions de travail. Parmi eux, quatre personnes ont été hospitalisées et présentent des risques de séquelles irréversibles.

Le centre hospitalier du Rouvray est en grève depuis plus de 15 jours. Les salariés dénoncent des conditions de travail indignes.
Le centre hospitalier du Rouvray est en grève depuis plus de 15 jours. Les salariés dénoncent des conditions de travail indignes. © AFP / Charly Triballeau

Les grévistes de l’hôpital du Rouvray dénoncent une surpopulation chronique, et une dégradation de leurs conditions de travail qui porte aussi gravement atteinte à la santé de leurs patients. Jusqu'ici, l'Agence régionale de la santé n'est pas beaucoup intervenue dans ce conflit : elle promet une mission d'audit dès ce mardi, qui rendra ses conclusions d'ici trois semaines. 

La directrice de l'ARS, Christine Gardel, a réagi ce lundi, alors que trois salariés étaient hospitalisés. (Propos recueillis par Christine Wurtz)

0'41

S ROUVRAY / ars

Je regrette vraiment qu'on en soit arrivé là, que des personnels de santé investis dans leur métier en arrivent à ces extrémités là. Je suis un peu bouleversée par cette situation. Pourquoi rester en grève de la faim ? Il faut reprendre le dialogue.

"Certains patients viennent de leur plein gré, et nous les mettons en chambre d’isolement"

De son côté, Katia Geslin, cadre de santé hospitalier à l’hôpital du Rouvray, explique ce mardi sur France Info les conditions de travail déplorables dans lesquelles travaille l'équipe. Les grévistes réclament principalement 52 recrutements d’aides-soignants ce qui serait, selon eux, "un investissement". "Ce n’est pas un luxe", ajoute-t-elle.

Comment vont vos collègues grévistes de la faim ?   

"Je rappelle que nous sommes au jour 15 de la grève de la faim, ça paraît important quand même de le préciser. Quatre d’entre eux ont malheureusement été évacués par le SMUR. Je ne rentrerai pas dans les détails de leur état de santé, cela leur appartient et ils en parleront certainement par la suite. Psychologiquement, les autres ont le moral, ils sont vraiment très déterminés."

Quelles sont les conséquences de la sur-occupation pour les patients et les personnels ?  

"Nous les accueillons extrêmement mal. En arrivant, les patients sont vulnérables, en détresse, et nous les accueillons dans des chambres, des placards ou des bureaux, sur des matelas, parfois par terre. Certains patients viennent de leur plein gré, et malgré tout, nous les mettons en chambre d’isolement, porte ouverte certes, mais c’est quand même un matelas par terre avec un seau. C’est inadmissible, c’est indigne, on ne peut plus travailler comme ça. On ne peut pas accueillir des adolescents de 10 ou 11 ans en chambres multiples avec des adultes qui ont des troubles mentaux divers et la direction est très au courant de ça.

Concernant le personnel, nous devons travailler malgré tout. C’est de l’épuisement physique, moral, c’est du burnout. Quand vous êtes censés travailler à quatre aides-soignants, que vous n’avez pas l’effectif pour travailler correctement et que vous êtes obligés de travailler à trois ou à deux, c’est de l’épuisement. C’est aussi source d’angoisse pour les patients, parce que les infirmiers et les aides-soignants ne peuvent plus se tenir disponibles. Ça crée de l’agitation, on n'est plus présents pour eux. Ce n’est pas un luxe de demander 52 postes, c’est un investissement."

La direction affirme avoir mis en place des mesures en avril contre la sur-occupation, est-ce suffisant ? Où en est le dialogue avec la direction ?

"La direction avait prévu d’embaucher cinq contractuels, des postes temporaires, le temps d’aider les personnels à renflouer les unités de soins. C’était cinq temps-pleins, mais c’était sur trois mois. Nous sommes toujours en sur-occupation parce que notre cellule de veille, qui se déclenche une fois un seuil critique d’occupation dépassé, est toujours activée. Des mesures ont été prises, mais ça ne suffit pas. Tout comme la directrice de l’Agence régionale de santé (ARS), nous sommes aussi vraiment très inquiets pour nos collègues.

Nous avons déjà rencontré la directrice de l’ARS, nous n’avons absolument pas interrompu le dialogue et nous espérons trouver une solution assez rapide à cette situation. Nous espérons rencontrer du monde, mais notre direction est absente depuis cinq jours maintenant et a retrouvé ses bureaux ce matin. Le dialogue, nous ne demandons que ça. Nous demandons 52 postes, cela semble énorme mais nous en avons besoin pour prendre soin des patients. Notre premier souci est de les accueillir dans de bonnes conditions."

Articles liés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.