Le ministre de la Santé veut changer les règles de prescription du médicament, dont l'utilisation est prônée notamment par Didier Raoult, mais dont plusieurs études récentes démontrent l'inefficacité contre le coronavirus, tout en soulignant le risque d'effets secondaires.

L'hydroxychloroquine est commercialisée sous le nom de Plaquenil.
L'hydroxychloroquine est commercialisée sous le nom de Plaquenil. © AFP / Alain Pitton / NurPhot

Prescrire de l'hydroxychloroquine pourrait bientôt être plus difficile. Le ministre de la Santé Olivier Véran a demandé samedi au Haut conseil de la santé publique de proposer "sous 48 heures une révision des règles dérogatoires de prescription". Cette molécule, dérivée de la chloroquine et habituellement utilisée pour le traitement de la polyarthrite et du lupus, est au cœur de débats passionnés depuis que le microbiologiste marseillais Didier Raoult a affirmé en février qu'elle présentait des résultats "spectaculaires" chez les malades du Covid.

Vantée par Donald Trump, l'hydroxychloroquine a été autorisée fin mars dans les hôpitaux français pour traiter les cas graves d'infections au coronavirus. Sauf qu'aucun test solide et de grande ampleur n'a jusqu'ici démontré son efficacité. Voici les conclusions des dernières études scientifiques parues sur le sujet. 

Pas de bénéfice, davantage de problèmes cardiaques et de décès

De quelle étude on parle : une étude parue le 22 mai dans la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet.

La méthode utilisée : L'étude porte sur plus de 96 000 patients répartis dans 671 hôpitaux à travers le monde. Âge moyen : 53 ans. Sur cet ensemble de malades, 14 888 ont reçus un traitement : 1 868 ont pris de la chloroquine seule, 3 783 de la chloroquine associée à un antibiotique macrolide (famille à laquelle appartient l'azithromycine, utilisée par Didier Raoult) ; 3016 patients ont reçu de l'hydroxychloroquine, et 6 221 de l'hydroxychloroquine combinée avec un macrolide. Quant aux autres patients, ils forment le groupe contrôle.

Les résultats : "Nous n'avons pas observé de bénéfice quant à l'administration d'hydroxychloroquine ou de chloroquine, que celles-ci soient utilisées seules ou avec un antibiotique macrolide", écrivent les chercheurs. Ils constatent en outre un risque plus important d'arythmie cardiaque ou de décès chez les patients ayant reçu ces traitements. Les auteurs de l'étude soulignent néanmoins que leurs résultats ne valent que pour les malades hospitalisés (donc les cas les plus graves) et appellent à réaliser d'autres essais cliniques.

Hydroxychloroquine et azithromycine, une association dangereuse

De quelle étude on parle : celle qui est parue le 22 mai dans Circulation, le journal phare de l'American Heart Association.

La méthode utilisée : Les chercheurs, français et américains, ont voulu mesurer les risques cardiovasculaires induits chez les patients par la prise d'hydroxychloroquine et d'azithromycine (les deux médicaments utilisés ensemble par Didier Raoult). Ils se sont appuyés sur la base de données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui comprend 21 millions de rapports d'événements indésirables dans 130 pays. 

Les résultats : L'hydroxychloroquine et l'azithromycine peuvent avoir un impact grave sur le système vasculaire, et sont une combinaison potentiellement mortelle, concluent les chercheurs.

Pas d'impact sur les transferts en réanimation ni sur la mortalité

De quelle étude on parle : celle menée par des chercheurs français et dont les conclusions ont été publiées le 14 mai dans le British Medical Journal.

La méthode utilisée : Les auteurs de l'étude ont comparé deux groupes de patients (181 personnes en tout), hospitalisés en région parisienne. Souffrant de pneumonies, les malades avaient besoin d'assistance respiratoire mais ne nécessitaient pas de réanimation immédiate. Parmi eux, 84 ont reçu de l’hydroxychloroquine chaque jour, les autres sont restés sans ce traitement.

Les résultats : le taux de transfert des patients en réanimation est le même dans les deux cas, 75% environ, au bout de trois semaines. Le taux de survie des malades est également semblable : autour de 90%, dans les deux groupes.

Pas d'élimination plus rapide du virus

De quelle étude on parle : une étude chinoise publiée le 14 mai dans le British Medical Journal. 

La méthode utilisée : Les chercheurs chinois ont observé l'évolution de 150 adultes, âgés en moyenne de 46 ans, et hospitalisés pour des formes légères ou modérées de Covid-19. Soixante-dix d'entre eux se sont vu administrer de l'hydroxychloroquine, 80 n'en ont pas reçu.

Les résultats : Le fait de recevoir ou non le traitement n'a rien changé sur l'élimination du virus par les patients au bout de quatre semaines. Par ailleurs, 30% des malades ayant reçu de l'hydroxychloroquine ont ressenti des effets indésirables (principalement des diarrhées), contre 9% chez les autres malades.

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