Des chercheurs de l'Inra ont comparé le rapport aux régimes en France et aux États-Unis.

Selon l'Inserm, sept femmes sur dix et un homme sur deux souhaitent peser moins.
Selon l'Inserm, sept femmes sur dix et un homme sur deux souhaitent peser moins. © Maxppp / Lisa Marcelja

On nous le répète depuis l'enfance, "il faut souffrir pour être belle". Mais pour être belle sur la plage, il faut aussi, paraît-il, être mince. Avant l'été, les bons conseils pour maigrir rapidement fleurissent dans les magazines spécialisés : "comment maigrir en deux semaines ?" ou encore "mincir sans effort". Des chercheurs de l'Inra se sont donc intéressés aux régimes en France et aux États-Unis. Ils ont pour cela comparé les numéros de "Modes et Travaux" en France et "Good Housekeeping" aux États-Unis, entre 1934 et 2010.

L'embellissement par l'amincissement

Selon cette étude, les femmes sont appelées à perdre du poids depuis les années 1930, en France comme aux États-Unis. "Depuis l'après-guerre,l’embellissement du corps des femmes passe de plus en plus par l'amincissement", explique Faustine Reigner, sociologie de l’alimentation qui a participé à cette étude.

"Le dernier régime avant le maillot de bain"

Le souci de la minceur apparaît très tôt aux États-Unis, avant les années 1960, dans une société d'abondance. Ça devient une priorité en France dans les années 1960. Aux États-Unis, le régime est une norme, en France il est exceptionnel. "Si l'on compare la France et les États-Unis, on a deux modèles extrêmement différents, avec une forme de sagesse française, où le régime va être régulier mais exceptionnel, c'est le marronnier du dernier régime avant le maillot de bain. Aux États-Unis, l'injonction à maigrir au fil du temps depuis l'après-guerre s'impose et va finir par saturer totalement l'espace de la presse féminine. Constamment on va dire aux femmes qu'il faut qu'elles maigrissent".

La presse martèle aux femmes qu'elles doivent maigrir, sans vraiment donner de précisions sur le poids idéal. "Ce qu'on va leur répéter et leur marteler, c'est qu'elles doivent peser moins que ce qu'elles pèsent actuellement. En France la perte de poids suggérée qui est le plus régulièrement avancée est de 2 à 3 kilos. Aux États-Unis, on va conseiller des pertes de poids de 10, 20 voire 30 kilos", ajoute Faustine Reigner.

Du centimètre au kilo

Au fil du temps, les astuces pour maigrir ont évolué. Ainsi, Faustine Reigner raconte que "dans les années 30, 40, 50, on va dire que le port d'une gaine fait maigrir une femme. Ça correspond à un moment où on mesure le corps des femmes essentiellement en centimètres, grâce au mètre à ruban. À partir des années 60, c'est à dire à partir du moment où le pèse-personne va se diffuser, on va évaluer le corps en kilos, et ça, ça va entraîner des actions différentes sur le corps, avec des actions sur l'alimentation. Il va s'agir d'agir non plus par maquillage ou par camouflage - la gaine ça camoufle les rondeurs disgracieuses mais ça s'arrête là - alors que le régime amaigrissant suppose une action vraiment structurelle sur le corps des femmes".

Par ailleurs, en France, on associe rapidement diététique et gastronomie, les régimes conjuguent équilibre et plaisir alimentaire. En revanche aux États-Unis, les régimes dépendent de la quantité d'aliments et de la valeur nutritionnelle. Dès les années 1980, l’exercice physique prend de plus en plus de place dans les préconisations, notamment aux États-Unis avec l'avènement de l'aérobic.

Un diktat ?

Quand on veut, on peut. Désormais, on estime que la femme est maître de son corps, qu'elle est capable de se fabriquer son corps sur mesure. En tout cas, on considère qu'elle est responsable si elle est grosse, si elle ne fait pas ce qu'il faut pour mincir, si elle mange mal. Pour cela, il y a les régimes à la carte, l'exercice physique individualisé voire la chirurgie esthétique. Sous couvert de plaisir, le corps féminin est, selon l'étude de l'Inra, l'objet de contraintes de plus en plus marquées.

"On a une forme de régulation du corps féminin"

"On a des injonctions qui sont de plus en plus fortes. Elles vont être considérées comme allant de soi, donc les femmes sont supposées les avoir intégrées. Les femmes sont entièrement responsables du corps qu'elles vont avoir sur mesure et elles doivent travailler pour ça", analyse Faustine Reigner. "Dans toutes ces normes qui sont émises au fil du temps sur le corps et l'alimentation des femmes, on a une forme de régulation du corps féminin, qui vient à la fois encadrer l'accès à une consommation de masse, et qui vient encadrer un corps des femmes qui s'est progressivement libéré, qui s'est dénudé par exemple. On a de nouvelles formes de régulation du corps féminin".

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