La contraception féminine sera gratuite pour toutes les femmes de moins de 25 ans, à compter du 1er janvier 2022, a annoncé ce matin le ministre de la Santé Olivier Véran. Une mesure "à saluer", pour Laura Berlingo, gynécologue-obstétricienne. Toutefois, cela ne résout pas tout.

Affiches sur l'accès à l'IVG dans les locaux du planning familial de la Sarthe au Mans, 9 octobre 2020.
Affiches sur l'accès à l'IVG dans les locaux du planning familial de la Sarthe au Mans, 9 octobre 2020. © Radio France / Alexandre Chassignon

C'était une annonce inattendue mais bienvenue : ce jeudi, Olivier Véran a annoncé la gratuité de la contraception pour les femmes jusqu'à 25 ans. Pour Laura Berlingo, gynécologue-obstetricienne, à la Pitié Salpêtrière à Paris, c'est une excellente nouvelle, mais il y a encore du chemin à parcourir.

FRANCE INTER : Que pensez-vous de cette mesure ?

LAURA BERLINGO : "Je pense qu'il faut la saluer. C'est quelque chose de très positif, car les inégalités sociales de santé existent. Les personnes féminines de moins de 25 ans qui n'ont pas accès à la contraception - quelle qu'elle soit, et pas seulement la pilule - ce n'est pas un fantasme. Elles renoncent aux soins de manière générale et donc à la contraception, car elles ont du mal à payer les consultations ou les bilans. On l'a vu durant la pandémie, il y a des jeunes en situation de précarité, qui ont du mal à s'acheter à manger. On parle beaucoup de précarité menstruelle, pour les serviettes hygiéniques, pour la contraception c'est pareil. Tout le monde ne peut pas bénéficier d'une mutuelle, et parmi celles qui le peuvent, toutes ne peuvent pas parler de contraception avec leurs parents. Cette mesure va diminuer les inégalités sociales de santé, et je pense que c'est très important et très positif pour les personnes qui pourront y accéder."

Est-ce que vous vous y attendiez ? 

"Non, je ne m'y attendais pas, mais ça s'inscrit dans une volonté d'augmenter ces prises en charge depuis plusieurs années, ce qui est positif. La gratuité était déjà en vigueur pour les jeunes femmes de 15 à 18 ans depuis 2013, elle a été étendue aux moins de 15 ans en 2020. Les préservatifs remboursés à 60%, c'est aussi une mesure récente."

Le ministre a d'abord évoqué la contraception hormonale, puis précisé qu'il s'agissait de toutes les contraceptions. Cela change la donne ?

"C'est super important, car il y a une évolution ces 10-15 dernières années en France. Les jeunes filles qui viennent en consultation de moins de 25 ans : on est passé de pilule systématique quand on est jeune, avec tout le discours qui va avec : "le stérilet et le Diu c'est pour les femmes qui ont déjà eu des enfants etc.", c'est ce que les médecins généralistes et les gynécologues disaient. Or on sait aujourd'hui que ce n'est pas vrai du tout, ça a été montré qu'il n'y a pas de risque.

Le recul de la prise de contraception n'est pas lié qu'au coût, mais aussi à tous les scandales qu'il y a eu autour des pilules, et il y a clairement une diminution de la confiance des jeunes autour des contraceptions hormonales, donc c'est très important qu'elles aient aussi accès aux autres contraceptions, notamment le DIU, qui peut être posé sans avoir eu de grossesse ni d'enfant."

Pensez-vous que la barre de 25 ans est un âge adéquat ? 

"C'est un calcul de santé publique, de bénéfices/coûts. Personnellement je suis pour une prise en charge à 100% de toutes les contraceptions durant la période de fertilité. Après il y a un principe de réalité, et jusqu'à 25 ans, ça me parait bien."

La gratuité va aussi permettre aux jeunes femmes avant 25 ans d'obtenir une contraception sans passer par la mutuelle de leurs parents ? Pourquoi était-ce important ?  

"Je pense que la confidentialité est importante et doit être préservée dans tout le système de santé, à partir du moment où les personnes sont en âge de décider, majeures. Ce n'est pas uniquement lié à la sexualité, c'est le cas aussi pour la santé mentale. On peut ne pas avoir envie de parler à ses parents du fait qu'on va voir un psy, qu'on a eu des rapports sexuels, protégés ou non protégés. Ça peut être un vrai frein, que les parents sachent qu'il y a eu des consultations dans un centre de planification familiale, ou chez des gynécologues. On peut avoir besoin d'être sur la mutuelle de ses parents, sans justifier de nos rendez-vous médicaux."

Est-ce que c'est une mesure suffisante ? 

"C'est une bonne mesure, mais pour moi il faut aller plus loin. C'est un premier pas. Il faut dégenrer la contraception. Et partager un peu plus la charge sexuelle ou contraceptive. Dans les faits, les contraceptions masculines, comme la contraception hormonale, ou la contraception thermique - avec le slip chauffant - sont des choses qui existent. Elles sont en cours de test, mais elles ne se développent pas. Il y a des efforts de politique de santé publique à faire dessus, qui peuvent passer par des remboursement, mais surtout par des campagnes d'information et de l'investissement dans la recherche, notamment pour la contraception hormonale (pilule masculine). Le risque de grossesse concerne tout le monde, pas uniquement la personne qui porte le bébé dans l'utérus.

Et puis il y a aussi dans le discours du gouvernement l'idée qu'augmenter la contraception permettrait de réduire le nombre d'IVG. Il faut faire attention à ce discours.

Ce n'est pas complètement faux, s'il n'y a pas de contraception il y a plus de risque d'avoir des grossesses, et statistiquement chez les personnes jeunes, il y a plus de grossesses non désirées, qui sont stoppées par une IVG.

Mais d'un point de vue féministe, on évite de voir l'avortement comme un échec de contraception. C'est un évènement de vie, on peut avoir un avortement tout en ayant bien pris sa contraception. Les accidents ça arrive, les grossesses non désirées aussi. Il ne faut pas que ce soit vu comme une punition. C'est pas un échec, ce n'est pas la faute des femmes. Ça doit continuer à être défendu, et pris en charge à 100%, comme c'est le cas actuellement. Même en rendant gratuite la contraception, il y aura toujours des IVG chez les moins de 25 ans, comme chez tout le monde. Il n'y a aucune contraception fiable à 100%."