C'est peut-être le rapport parlementaire le plus ambitieux de la Vème République pour faire baisser la prostitution. La députée socialiste de l'Essonne Maud Olivier propose 40 mesures dont la pénalisation des clients.

Un constat d'abord : en 20 ans, les réseaux de trafic se sont multipliés. Selon les estimations, 90% des prostituées sont des étrangères , des victimes que le texte veut mieux protéger. Déby (pseudo) a 18 ans. Elle vient en France pensant faire du baby-sitting mais à son arrivée à Paris, elle est séquestrée, battue, violée et obligée de se prostituer. Sa voix a été modifiée à sa demande de peur que son proxénète ne la reconnaisse.

Il m'a amenée dans un hôtel, il m'a dit 'tu dois me payer 35 000 euros', j'ai commencé à pleurer, il m'a frappé dans le visage.

L'enfer dure un an. Déby réussit ensuite à s'enfuir. Elle tombe sur une dame qui l'accueille chez elle et grâce au suivi de l'association du Mouvement du Nid, qui aide les prostituées à se réinserer, elle obtient des papiers et un travail. Elle est aujourd'hui commis de cuisine dans une entreprise de réinsertion, et rêve de devenir grand chef.

Pénaliser les clients ?

Pénaliser les clients de la prostitution ?
Pénaliser les clients de la prostitution ? © Reuters / Edgar Su

Le rapport propose de pénaliser le recours à la prostitution tout en abrogeant le délit de racolage public à l'encontre des prostituées. La députée socialiste Maud Olivier, rapporteur du texte estime qu'il fait "inverser la charge pénale". Le rapport propose de "dissuader le client de pérenniser les situations de violence que son comportement crée et entretient. L'objectif est de faire de la pédagogie", a martelé Mme Olivier : "Il faut faire entrer dans les mentalités que ça n'est pas normal de payer pour un service sexuel".

Le rapport propose une sanction plus progressive : avoir recours à une prostituée serait passible d'une contravention de 5e classe , punie par une amende de 1 500 euros maximum), mais la récidive constituerait un délit puni de six mois d'emprisonnement et 7 500 euros d'amende.

"L'idée c'est de réduire la prostitution en réduisant la demande" et de "gêner les réseaux de proxénétisme et de traite", a insisté Mme Olivier. "Il faut démolir l'idée d'une prostitution joyeuse, qui concerne 0,02% des personnes prostituées", a-t-elle dit, rappelant qu'on estime entre 20 000 et 40 000 le nombre de prostitué(e)s en France.

Les sanctions concernent "le fait de solliciter, d'accepter ou d'obtenir des relations de nature sexuelles d'une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d'une rémunération ou d'une promesse de rémunération", mais également en échange d'un logement, une "rémunération" souvent constatée par les associations d'aide aux prostituées. Le rapport propose aussi une peine complémentaire, "un stage de sensibilisation aux conditions d'exercice de la prostitution", sur le modèle des stage de sensibilisation à la sécurité routière.

Les 40 recommandations du texte présenté mardi doivent trouver leur traduction dans uneproposition de loi qui doit être déposée d'ici quinze jours.

La prostitution en Europe
La prostitution en Europe © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.