Après plusieurs jours de rumeurs et de témoignages contradictoires, on a commencé hier à y voir plus clair sur ce qui s'est passé à Sisco, et notamment sur l'absence de burkini...

Bastia : rassemblement après une "violente rixe" à Sisco
Bastia : rassemblement après une "violente rixe" à Sisco © Maxppp / Christian Buffa

Avec la comparution ce jeudi après-midi au tribunal de Bastia de cinq hommes qui ont participé samedi à la rixe de Sisco, peut-être en saura-t-on davantage sur les origines de cette bagarre présentée rapidement comme un affrontement après un différend autour du burkini. Un événement qui a contribué à enflammer une polémique latente autour du port de ce maillot de bain très couvrant. Une polémique qui est allée jusqu'au plus haut sommet de l'Etat.

Comment une bagarre classique de possession de territoire est-elle devenue un événement de société

Les premières dépêches tombent dans la nuit de samedi à dimanche. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, informe que quatre personnes ont été blessées dans une rixe "entre des riverains et un groupe d'une dizaine de personnes extérieures à la commune". Aucune mention donc au départ d'un motif religieux ou vestimentaire qui aurait déclenché la bagarre.

Le dimanche, une jeune fille mineure présente dans la crique raconte, lors d'un rassemblement à Bastia, que l'origine de l'altercation, ce sont plusieurs femmes se baignant en burkini, prises en photo par un touriste. Elle parle d'insultes et d'attaques à coups de hachette.

Ses déclarations échauffent les manifestants, qui se rendent ensuite à Lupino, un quartier de Bastia à forte population d'origine maghrébine, aux cris de "On est chez nous". Les gendarmes mobiles empêchent que les événements ne dégénèrent.

A 16h, le même jour, les dépêches évoquent désormais une "rixe entre communautés corse et maghrébine". Une formulation reprise en boucle par les médias.

Côté politique les présidents de l'exécutif et de l'assemblée de Corse Gilles Simeoni et Jean Guy Talamoni lancent un appel au calme, mais dénoncent une attaque de la part de personnes extérieures à la commune, accompagnée "d'une revendication explicitement communautariste".

Lundi le maire de Sisco annonce prendre un arrêté anti-burkini. La machine est lancée. Et personne ne la stoppe, dénonce le président de SOS Racisme Dominique Sopo.

Il faudra attendre trois jours (jeudi donc) pour que le procureur de Bastia, Nicolas Bessone donne la juste dimension de cette affaire : pas de burkini. Ni de hachette. Mais une "logique de caïds" d'un côté, et "une réaction inadaptée" des villageois.

Il n'y avait "pas de méchants radicalisés contre de gros racistes", précise encore le magistrat, dans un souci louable de communiquer avec les éléments de l'enquête en main. Mais c'est aussi cette absence durant trois jours de parole officielle sur les faits qui a permis aux rumeurs et interprétations hâtives de prospérer.