Vingt ans avant que les femmes n'obtiennent le droit de vote en France, la communiste Marie Chaix a occupé le poste d'adjointe au maire de Saint-Denis pendant six mois. La municipalité, qui en sait peu sur elle, continue de chercher des détails sur celle qui s'est battue pour les droits des femmes.

Marie Chaix a été élue avant même le droit de vote pour les françaises. Ici des suffragettes manifestent pour le droit de vote à Nantes, en 1934,
Marie Chaix a été élue avant même le droit de vote pour les françaises. Ici des suffragettes manifestent pour le droit de vote à Nantes, en 1934, © AFP / AFP

Le 10 mai 1925, vingt ans avant l'autorisation du droit de vote des femmes en France, la communiste Marie Chaix était élue conseillère municipale et adjointe au maire de Saint-Denis, en région parisienne. Cette ouvrière née dans la Drôme a profité à l'époque de son élection pour militer pour le droit de vote des femmes. En hommage, la salle du conseil municipal de la ville porte son nom depuis deux mois. Que sait-on d'elle ?

Élue… seulement pour quelques mois

C'est le journal communiste local de Saint-Denis, L’Emancipation, qui annonce au début du mois de mai 1925 l'impensable : une femme est candidate aux élections municipales de Saint-Denis. Les Françaises n'ont alors pas le droit de vote, mais la question de leur inéligibilité ne s'est jamais posée et Marie Chaix en profite. Élue le 10 mai 1925 avec 7 114 voix, on lui confie un poste d'adjointe au maire chargée des affaires sociales lors de l'installation du nouveau conseil municipal.

À droite, l'hebdomadaire Le Journal de Saint-Denis s'insurge. Selon les archives de la mairie de Saint-Denis, une tribune contre "madame d'adjointe", "personne légalement indésirable", est publiée le 23 mai. Le nom de Marie Chaix n'est pas écrit une seule fois dans cet article où l'auteur parle d'une "usurpation de fonctions administratives" par une femme qui, selon lui, est susceptible "de nuire à un grand nombre de citoyens".

Quelques jours plus tard, la préfecture annule l'élection par arrêté. Marie Chaix se pourvoit devant le Conseil d'État et siège plus de six mois avant que son élection ne soit définitivement annulée.

Brodeuse née dans la Drôme

Marie Chaix naît à Bourg de Péage le 22 février 1886. Brodeuse de profession, elle a 39 ans quand elle devient candidate, sur la liste du Bloc ouvrier paysan, pilotée par le parti communiste où elle est encartée depuis plusieurs années. Oriane Filhol, aujourd'hui adjointe au maire de Saint-Denis en charge des solidarités et des droits des femmes, en sait à peine plus sur sa vie. "Elle a été mariée une première fois à 16 ans dans la Drôme, puis elle s’est remariée à un facteur de Saint-Denis, ce qui l’a amenée en région parisienne", explique l'adjointe qui ajoute que Marie Chaix n'a "a priori pas d'enfant, donc pas de descendant direct".

Après l'élection, on la perd un peu dans le fil de l'histoire, à tel point qu'elle a été enterrée de manière complètement anonyme. Il n'y a même pas de stèle à son nom au cimetière de Saint-Denis.

Oriane Filhol souligne le courage de celle qui a divorcé de son premier mari bien plus âgé qu'elle, et qui s'est battue pour les droits pour les femmes. Ce manque d’informations sur Marie Chaix, l'élue y voit aussi la preuve que les femmes qui ont fait l’histoire "sont aussi moins souvent connues, racontées, et reconnues, malheureusement". La ville de Saint-Denis continue à chercher des détails sur la vie de cette adjointe, première femme à occuper ce poste en France. Elle pourrait notamment avoir toujours de la famille dans sa Drôme natale.