Face à la polémique sur les réseaux sociaux, une agence de la Caisse d'Épargne du 14e arrondissement de Paris a annoncé le retrait des barres en inox anti-SDF. Michaël, sans domicile depuis 12 ans, avait l'habitude de s'installer devant la banque : il a accepté de témoigner au micro de France Inter.

Cela fait 12 ans que Michaël est à la rue. Il a 33 ans.
Cela fait 12 ans que Michaël est à la rue. Il a 33 ans. © Radio France / Louis-Valentin Lopez

"Ça m’est arrivé tellement de milliers de fois ce genre de trucs…" Quand on lui tend le micro, Michaël répond avec pudeur. La polémique sur les réseaux sociaux ? "J’en sais rien, je n’ai pas internet", confie le SDF du bout des lèvres, qui reçoit en revanche le soutien direct de certains riverains : c’est même l’un d’eux qui a pris l’initiative de dévisser les poteaux en inox installés le 23 juillet par la Caisse d’Epargne, devant l’une de ses agences du 14e arrondissement de Paris.

"Je me disais que tant qu'on me virerait pas, je resterais là."

Depuis, Michaël s’est installé sur le trottoir d’en face, avec son matelas et sa table basse. "J’étais prêt à partir", affirme l’homme de 33 ans, qui dit avoir été prévenu quelques jours avant qu’un dispositif anti-SDF allait être mis en place. "Mais je me disais que tant qu’on me virerait pas, je resterais là."

À la rue depuis 12 ans, Michaël a essayé de cacher sa situation pendant les 10 premières années. Il n’avait pas l’habitude de s’installer sur un emplacement précis, ou alors juste la nuit, avant de partir au petit matin : "Au début c’est pour ça que j’ai choisi la Caisse d’Epargne, car je sais que ça ouvre à 10h." Cela ne faisait que deux ans qu'il s’était installé devant l’agence durant la journée aussi.

"Au lieu de faire des trucs comme ça, ils feraient mieux d'investir dans des aides."

Même si les poteaux en inox ont disparu, le dispositif anti-SDF a du mal à passer pour Michaël : "C’est sûr qu’au lieu de faire des trucs comme ça, ils feraient mieux d’investir dans des aides", lâche-t-il, une pointe de colère dans la voix. 

Mais quand on lui demande s’il en veut à la banque de l’avoir voulu le déloger, la réponse de Michaël a de quoi surprendre : "Je n’ai rien contre eux : _je suis resté deux ans là, ils ne m’ont jamais rien dit_", affirme-t-il, presque gêné. "Normalement je ne faisais pas ça, m’installer comme ça, imposer un peu ma présence en pleine journée."

Michaël va-t-il retourner devant la Caisse d’Epargne, maintenant que les poteaux en inox ont disparu ? "Que je retourne là ou que j’aille ailleurs, c’est pareil. Que j’aille 100 mètres ou 300 mètres plus loin, ce sera la même chose", estime le sans-abri, qui dit ne toucher aucune aide. "Tant qu’à faire, maintenant, je me dis que je suis même mieux en face."

La dizaine de poteaux en inox devant l'agence de la Caisse d'Epargne, rue Hippolyte Maindron,  ont disparu.
La dizaine de poteaux en inox devant l'agence de la Caisse d'Epargne, rue Hippolyte Maindron, ont disparu. © Radio France / Louis-Valentin Lopez
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