Depuis près de 20 ans, Denis Cheissoux anime chaque semaine "CO2 mon amour" sur France Inter, une émission consacrée à l'environnement. Cette semaine, il a commencé son émission par un coup de gueule devant le ciel qui lentement mais sûrement, à coups de pesticides et de lois en faveur des chasseurs, se déplume.

Oie sauvage
Oie sauvage © Getty / Arterra

"Regarde le ciel petit !"

Mon grand-père aimait lever la tête, jamais la baisser. Il aimait lever la tête et m’apprit à le faire… Dans le ciel du Tarn de mon enfance, piqueté de pins parasols sur les collines protestantes, on regardait passer les oiseaux : les milans, les bondrées, les grives, plus rarement les grues qui préfèrent survoler les mamelons du Gers avant d’hiverner dans le sud de l’Espagne. 

Fin sept début octobre, il y avait aussi des gobe-mouches gris qui se reposaient à côté du garde-manger à insectes, avant de poursuivre la migration. Il y en avait partout. Il y avait plein de migrants dans le ciel… dans les haies, les bosquets.

Aujourd’hui, Pierre Cheissoux dirait : 

Tu vois, petit. Ils ont rétréci le ciel.

"Ils l’ont élargi aussi à coups d’avions, nous promettent l’Eden technologique… mais ils ont rétréci le ciel. Ils savent les gommer, les dégommer mais ils ne savent pas faire revenir les oiseaux"

Les oiseaux se sont réfugiés dans les livres, les écrans, les statuaires…

Il y en a bien sûr encore des milliards mais certaines espèces glissent moins qu’avant dans le ciel de la Terre. 

Nos industries, nos hyper marchés, nos tracteurs céréaliers ont orchestré le silence des insectes, le murmure incertain des battements d’ailes.

Ils ont asséché le ciel et la Terre qui n’en peut plus de craqueler en octobre ou d’être trop inondé en quelques heures.

POUM

En regardant le ciel, l’actualité nous apprend qu’on est au pays de la mauvaise foi, de la mauvaise foie gras ... Emmanuel Macron veut prolonger la chasse aux oies sauvages migratrices jusqu’au printemps

Défenseur de la planète à New-York et ses collaborateurs à la tâche pour tirer les migrateurs en février après la fermeture officielle. Promesse faite aux chasseurs ruraux abandonnés dans les bras des extrêmes.

Ladite oie ne cause aucun dégât en France. Une dérogation de plus est signée du Ministère de l’Ecologie avec le soutien inconditionnel de la chambre de doléances des chasseurs, Conseil national de la chasse et de la faune sauvage.

Les scientifiques ont démontré que les oies migrant fin janvier ne sont pas celles qui causent de dégâts chez nos voisins néerlandais. Pour contrer cette évidence, on créé un nouveau conseil scientifique … on change les scientifiques.

Nul ne saura jamais vraiment ce qui se régule dans nos merveilleuses campagnes au petit et gros plombs, vu que les seuls vrais maîtres de l'univers à qui l'on a, depuis peu, confié les clés de l'armoire à secret des diverses lois, règlements et pratiques traditionnelles qui délimitent une saine gestion de la nature sauvage, truquent ou ne communiquent jamais les véritables chiffres de volatiles abattus...

Massacrons-nous six ou quinze mille oies sauvages ? 

Le saurons-nous jamais ? 

De même pour les bruants ortolans, les tourterelles des bois, les grives, les alouettes , bécasses et la liste est longue... Les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse, dans la mesure où elles seraient respectées, fluctuent au fil des ans, tout comme les conditions météorologiques et nul ne maîtrise aujourd'hui l'état des stocks mondiaux ni les quotas de prélèvement supportables !

Et comme il n'est pas question de supprimer un loisir aussi révolutionnaire et tant qu'il volera du gibier à plumes, on l'abattra, le plumera, gentille alouette. Jusqu'à l'extinction, on en fera des pâtés !

La seule chose qui sans contestation est contrôlée, c'est le chiffre des  promeneurs, cueilleurs de champignons, pique-niqueurs, randonneurs et restaurateurs anglais vététistes ( dernier tué samedi dernier dans les Alpes) qui pour cause de passage de vie à trépas / cesse toute activité de loisir !

« Alors oui, petit, ils ont rétréci le ciel »

Une directive oiseaux oubliée… 

Un machin de 1979 interdit de tirer les oies lors de leurs remontées vers les pays Scandinaves pour nidifier. 

Plutôt que d’attendre une oie sauvage, je conseillerai au jeune Nils Holgersson de prendre en 2018 le train ou un vélo pour visiter la Suède. Car Nils Holgersson avec un gilet pare balles sur  une oie avec du plomb dans l’aile, comme histoire pour enfant, je vous le dis « ça le fait pas ». 

Aller plus loin

Retrouvez Denis Cheissoux chaque semaine dans CO2 mon amour

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