Ce mardi 10 décembre marque la deuxième journée de grève nationale contre la réforme des retraites voulue par le gouvernement. France Inter s'est glissé dans le cortège parisien pour savoir qui sont ceux qui manifestent.

Ingénieur, avocate, libraire, éducatrice spécialisée : de métiers variés du secteur privé et libéral et d'âges différents, ces femmes et ces hommes ont défilé à Paris, mardi 10 décembre
Ingénieur, avocate, libraire, éducatrice spécialisée : de métiers variés du secteur privé et libéral et d'âges différents, ces femmes et ces hommes ont défilé à Paris, mardi 10 décembre © Radio France / Ouafia Khéniche / Xavier Demagny

Ingénieur, avocate, libraire, éducatrice spécialisée : de métiers variés du secteur privé et libéral et d'âges différents, ces femmes et ces hommes ont défilé à Paris, mardi 10 décembre, pour protester contre la réforme des retraites annoncée par le gouvernement. Ce dernier pourrait annoncer un décalage de la réforme à la génération née à partir de 1973 (au lieu de 1963 au départ). De quoi satisfaire les grévistes ? Pas sûr. 

Philippe, 57 ans, travaille dans la métallurgie chez Continental depuis 30 ans : "Si on retient les salariés seniors, comment libérer des postes pour les plus jeunes ?"

Philippe, travaille dans la métallurgie, rencontré dans le cortège du 10 décembre
Philippe, travaille dans la métallurgie, rencontré dans le cortège du 10 décembre © Radio France / Ouafia Kheniche

Pourquoi êtes-vous dans la rue ? Je me sens concerné, comme tous les salariés du privé le devraient, puisque la retraite ne sera plus calculée sur les 25 dernières années mais sur l'ensemble de la carrière. Par ailleurs, on voudrait nous faire travailler plus longtemps, mais on sent bien que les entreprises souhaitent faire partir les seniors, donc il y a une contradiction. Et si on retient les salariés les plus âgés, comment libérer des postes pour les plus jeunes ?

À combien estimez-vous votre retraite ? Elle devrait être de 2 300 euros dans le système actuel. Après la réforme, je pense que je perdrai 30 % de décote : j'ai eu cinq ans de chômage. 

Si la réforme ne s'applique qu'à ceux nés après 1973 : Je n'arrêterai pas de manifester. J'ai un fils de 20 ans et je souhaite qu'il ait les mêmes acquis sociaux que ceux dont j'ai pu disposer. Tenez : Castaner dit aux policiers qu'ils ne seront pas concernés par cette réforme. Édouard Philippe nous dit que cette réforme est bonne. Alors si elle est bonne, pourquoi les policiers n'en profitent pas ?

Maïté, 31 ans, éducatrice spécialisée dans un centre social : "Ne pas perdre sa vie à la gagner"

Maïté, éducatrice spécialisée, croisée dans le cortège du 10 décembre
Maïté, éducatrice spécialisée, croisée dans le cortège du 10 décembre © Radio France / Ouafia Kheniche

Pourquoi êtes-vous dans la rue ? Pour lutter contre le monde qu'on est en train de nous préparer. Je travaille dans un centre social, mais je suis employée par le privé. Nos pensions vont encore diminuer, car on va prendre en compte les salaires de début de carrière qui sont minimes : moi, je touche 1 400 euros après trois ans d'études. Pour moi, ça a vraiment un sens de ne pas perdre sa vie à la gagner.

À combien estimez-vous votre retraite ? C'est difficile de calculer, mais je me suis rendue compte que ce serait une baisse significative. Le calcul de la valeur du point peut être laissé au bon vouloir du gouvernement. En plus, en tant que femme, nous avons des temps partiels subis, des carrières hachées, des périodes de chômage... Déjà que l'on a des différences de salaire, cette réforme touchera encore plus nos retraites.

Martine, 57 ans, travaille dans la logistique chez Dassault depuis une trentaine d'années : "Si dans 30 ans on baisse la valeur du point, on aura plus que nos yeux pour pleurer"

Martine, dans la logistique, croisée dans le cortège du 10 décembre
Martine, dans la logistique, croisée dans le cortège du 10 décembre © Radio France / Ouafia Kheniche

Pourquoi êtes-vous dans la rue ? J'ai peur que si la réforme passe, d'ici 30 ou 40 ans, on nous baisse la valeur du point et là, on aura plus que nos yeux pour pleurer. 

À combien estimez-vous votre retraite ? Dans les 1 100 euros, je crois. Je partirai à 60 ans, car j'ai commencé à travailler à 15 ans.

Si la réforme ne s'applique qu'à ceux nés après 1973 : Je continuerai quand même ! Ce sera pour les jeunes. 

Gilles, 60 ans, cadre, travaille chez Eiffage depuis 40 ans : "J'ai cinq enfants, je pense à la retraite pour eux"

Gilles, cadre, croisé dans le cortège du 10 décembre
Gilles, cadre, croisé dans le cortège du 10 décembre © Radio France / Ouafia Kheniche

Pourquoi êtes-vous dans la rue ? En 40 ans, j'ai commencé ouvrier, aide-monteur, puis j'ai gravi les échelons, j'ai passé un master universitaire et je suis cadre désormais. Dans ma génération, on prend les 25 meilleures années de carrière pour calculer les retraites. Si on commence à calculer sur toute une carrière, les trous seront énormes !

À combien estimez-vous votre retraite ? Je suis censé partir dans deux ans et je pense percevoir autour de 3 000 euros.

Si la réforme ne s'applique qu'à ceux nés après 1973 : Ça ne servira pas à me démobiliser ! On ne sait pas comment ça se passera demain. J'ai cinq enfants, ils ne se préoccupent pas vraiment de la retraite pour l'instant, mais moi j'y pense pour eux.

Rachel, 58 ans, avocate : "La réforme va aboutir, pour les avocats, à un doublement des cotisations"

Rachel, avocate, croisée dans le cortège du 10 décembre
Rachel, avocate, croisée dans le cortège du 10 décembre © Radio France / Ouafia Kheniche

Pourquoi êtes-vous dans la rue ? Pour l'instant, les avocats ont une caisse de retraite autonome : nous avons un minimum de 1 416 euros de pension par mois, complété par des points (dont nous fixons la valeur), et des cotisations proportionnelles au revenu. Or ces principes de solidarité vont être très entamés par la réforme. Elle va aboutir, pour nous, à un doublement des cotisations et à une baisse des retraites. 

À combien estimez-vous votre retraite ? J'ai calculé très précisément mon départ en retraite : en septembre 2023 je toucherai autour de 2 700 euros, dans la configuration actuelle.

Si la réforme ne s'applique qu'à ceux nés après 1973 : De toutes façons, je ne suis pas concernée par la réforme car je suis née en 61. Mais je me battrai.

Rémi, libraire chez Gilbert-Joseph depuis 12 ans : "Mon secteur risque d'être directement impacté"

Rémi, libraire, croisé dans le cortège du 10 décembre
Rémi, libraire, croisé dans le cortège du 10 décembre © Radio France / Ouafia Kheniche

Pourquoi êtes-vous dans la rue ? Je travaille dans un secteur qui risque d'être directement impacté, dans lequel les gens sont amenés à changer de magasin et de statut au cours de leur carrière. En outre, il y a 60 % de femmes dans la librairie : raison de plus pour se mobiliser ! 

À combien estimez-vous votre retraite ? Je n'ai pas calculé, mais pour l'instant, je gagne 1 550 euros nets sur 13 mois.

Si la réforme ne s'applique qu'à ceux nés après 1973 : Le sujet n'est pas là. La mobilisation va au-delà de cela.

Jérôme, 55 ans, ingénieur chez Nokia depuis 30 ans : "La proposition du rapport Delevoye revient à organiser la pénurie"

Jérôme, ingénieur, croisé dans le cortège parisien
Jérôme, ingénieur, croisé dans le cortège parisien © Radio France / Ouafia Kheniche

Pourquoi êtes-vous dans la rue ? Le rapport Delevoye projette de limiter le montant des retraites à 14  % du PIB. On sait bien que vu le nombre de personnes qui arriveront à la retraite dans les prochaines années, 14 % ça ne suffira pas. Donc ça revient à organiser la pénurie.

À combien estimez-vous votre retraite ? Actuellement, je gagne environ 5 000 euros brut par mois, et je vais partir à environ 60 % de ce salaire. Si je voulais un taux plein, il faudrait que je parte à 65 ans.

Si la réforme ne s'applique qu'à ceux nés après 1973 : Ça ne m'arrêtera pas ! Ça ne suffira pas à me décourager de manifester.

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