Prothèses mammaires, de hanche, stents, dispositifs contraceptifs, orthopédiques... Tous ces objets sont une formidable opportunité pour résoudre de plus en plus de problèmes de santé, de plus en plus efficacement. Mais à condition d'avancer avec prudence, ce qui est tout sauf le cas aujourd'hui, selon nos révélations.

Implant Files, plusieurs mois d'enquête internationale sur les dispositifs médicaux
Implant Files, plusieurs mois d'enquête internationale sur les dispositifs médicaux © Christina Chung / ICIJ

Imaginez qu’un laboratoire mette sur le marché un médicament, sans en connaître l’efficacité, et sans avoir fait le moindre essai clinique, sous prétexte que cela prendrait trop de temps et qu’il n’en a pas les moyens ? Cela déclencherait immédiatement un scandale…

Or c’est exactement ce qu'il se passe depuis de nombreuses années pour de nombreux implants. Pour commercialiser un dispositif qu’on installe dans votre corps, la plupart du temps, pas besoin d’étude. Un simple dossier soumis à un organisme de certification peut suffire. Dans 96 % des cas, ce dernier ne demande même pas à voir le produit.

Dès lors, le constat fait l’an dernier avec les Paradise Papers peut de nouveau être fait avec les implants. De même que l’évasion fiscale était souvent légale, ici aussi les industriels peuvent mettre sur le marché, dans le respect le plus strict des règles européennes, des produits douteux.

Cette situation illustre une quadruple faillite :

  1. Faillite des législateurs européens qui, malgré une règlementation plus contraignante qui doit entrer en vigueur en mai 2020, considèrent toujours les implants comme des marchandises et non comme des produits de santé, privilégiant l’intérêt des industriels sur celui des patients.
  2. Faillite des régulateurs, dont on se rend compte qu’ils n’ont ni les instruments de mesure nécessaires pour évaluer les risques que font courir ces implants aux patients, ni la volonté d’intervenir à temps.
  3. Faillite d’une partie du corps médical, qui voit parfois dans l’innovation un moyen de briller aux yeux de sa communauté, avant de se préoccuper de la réelle efficacité des produits qu’il implante. Lorsqu’il n’est pas complice d’un système gangréné par les conflits d’intérêts, voire de la corruption.
  4. Faillite du gouvernement français, enfin, qui, malgré cet état de fait, cède sous le poids des lobbies au nom du développement économique. Édouard Philippe ne vient-il pas d’annoncer son intention de réduire les délais d’accès au marché des dispositifs médicaux ?

Révolution des rapports entre patients, médecins, hôpitaux et industriels

Alors que les médicaments sont testés en amont, les patients qui bénéficient d’implants sont devenus des cobayes qui s’ignorent. Dans le même temps, les chirurgiens deviennent dépendants de technico-commerciaux, plus à même de régler, de suivre, et de faire fonctionner des technologies de plus en plus sophistiquées. Dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint, les hôpitaux deviennent la proie consentante de multinationales qui leur équipent des salles d’opération gratuitement.

La mise en place à bas bruit de ce "nouveau monde" de la santé appelle à un repositionnement des droits et devoirs de chacun, et à une évolution de règles devenues obsolètes, voire dangereuses.

Il n’est évidemment pas question de remettre en cause le principe même de ces dispositifs innovants qui ont déjà fait des miracles en matière de santé. Les implants associés aux nouvelles technologies sont un formidable espoir qu’il serait dommageable de vouloir freiner. Mais face à la tentation d’industriels et de multinationales, parfois trop zélés, de prendre la main sur les politiques de santé publique, il est urgent de redonner la primauté aux essais cliniques, comme on le fait pour les médicaments... Et de renforcer une régulation aujourd’hui défaillante. Afin de remettre l’intérêt du patient au centre des priorités.

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