Les parents ne retourneront pas en prison: leur peine de deux ans de prison ferme (plus trois ans avec sursis pour le père et deux ans pour la mère), est couverte par la détention provisoire ou aménageable. Un verdict qui fait paradoxalement le bonheur de leurs filles aînées, qui se disaient consentantes. Rencontre avec un trio décoiffant.

"Si ce n'était pas de l'amour, on ne serait pas ensemble aujourd'hui" , affirment le père et sa fille aînée, qu'on appellera Marie, partagés entre méfiance des médias et désir de se justifier. Après trois jours de procès à huis clos et quatre heures de délibéré, le père a pourtant été condamné pour viol agravé sur Marie, 31 ans aujourd'hui, et sa cadette, Louise, 29 ans. Deux jolies jeunes femmes, sobrement vêtues de couleurs sombres. Par peur du regard des autres et dans l'attente du verdict de la cour d'assises d'appel d'Amiens, ils ont refusé de parler au micro. Le père, la cinquantaine rondouillette, était bien tenté ("dans l'euphorie si je suis acquitté pourquoi pas !" ) mais Marie rappelle qu'ils doivent préserver leur enfant ("tu vois le débat sur le mariage homo, une histoire comme la nôtre, les gens ne sont pas prêts" ).

A l'école, ils passent pour un couple normal, mais à leur garçon de dix ans, ils ont expliqué que son papa était aussi son papy. Auprès d'eux, la cadette Louise raconte : "il se posait des questions à force de m'entendre, moi, sa Tata, appeller son propre père 'papa'" . En février 2002, peu avant la naissance de son frère-neveu, Louise avait déclenché l'ouverture de l'enquête, involontairement assure-t-elle, en se confiant à une voisine. Elle aussi défend son père aujourd'hui, tout comme ses deux frères, plus jeunes. Le papa-papy revendique d'excellentes relations avec ses enfants, petits-enfants, beaux-frères ou belle-fille. Certains sont venus témoigner au procès, d'autres lui ont envoyé des messages de soutien.

"On s'est battu pour le même homme"

Une situation "singulière" , "hors norme" comme la qualifient leurs avocats, mais une famille "unie" assurent le père et ses filles. Si l'on excepte la mère, que personne ne salue au palais de justice, et qui a été condamnée, presque à la même peine, pour complicité. "Elle n'a jamais été vraiment une mère pour nous, et ensuite on on s'est battu toutes les trois pour le même homme" , résume Louise. "Ma cliente est la seule à penser que ce qui s'est passé est mal" soupire son avocate, Florence Danne-Thiéfine, "je pense que les filles ne sont pas capables de continuer à vivre sans se dire que c'était normal et qu'elles étaient très amoureuses de leur père" .

Le plus délicat, c'est de parler du début de ces relations incestueuses. Elles ont commencé selon la mère vers douze ou treize ans, selon les filles après quinze ans, la majorité sexuelle dans le droit français. "Je n'ai pas eu un schéma familial classique" , tente de justifier le père. "Comme je faisais beaucoup de déplacements pour mon travail, je n'ai pas vraiment connu mes filles quand elles étaient petites." Le trio assure que la mère a poussé ses filles dans le lit du père, pour faire oublier qu'elle dilapidait l'argent du ménage. "Elle n'est pas l'instigatrice" , défend son avocate, "même si elle reconnait qu'elle n'a rien fait pour empêcher ses relations, et que parfois cela l'arrangeait bien." Les relations sexuelles, imposées au début, sont devenues consenties. "Ma mère nous a utilisées, puis on s'est aperçues que c'était elle la manipulatrice" , raconte Marie. "On avait très peu de différence d'âge avec mon père (19 ans), on s'est découvert des passions communes." Les voitures, les avions, la chasse : "on a passé le permis pour y aller avec lui" , opine Louise.

L'inceste en soi n'est pas interdit en France

Aujourd'hui, la mère est la seule à évoquer la violence du père. Les coups dénoncés au début de l'enquête par Louise et l'un de ses jeunes frères ? Minimisés depuis. La famille sous l'emprise du père, vivant en vase-clos dans sa jolie maison de l'Oise ? "Un fantasme de gendarme, comme à Outreau" , soupire Marie.

Clin d'oeil judiciaire, les trois avocats réputés venus plaider pour le trio se font aussi fait connaitre dans le dossier Outreau : Hubert Delarue, Franck Berton pour le père, Eric Dupont-Moretti pour Marie et Louise, parties civiles à contre-emploi. Ils ont demandé aux jurés de ne pas confondre "la morale et le droit" . Sans victime, le père ne pouvait selon eux être un violeur. L'inceste en soi n'est pas interdit en France, seul l'est le mariage entre ascendant/descendant ou frère et soeur.

"On ne boit pas, on ne fume pas, on n'est pas haineuses" , s'écrie Marie, pleine d'attention pour son père-amant, comme pour prouver qu'elles vont bien. Louise, trois fois enceinte de son père avant ses dix-huit ans (une fausse couche, deux avortements) a eu six enfants depuis, et veut qu'ils puissent voir leur papy, le "modèle" dont elle a besoin pour être mère, dit-elle. Le père reconnait qu'il a eu honte (il dit même avoir tenté de se suicider), que sa conscience le travaille. "On ne revendique pas notre mode de vie" , dit-il, "mais on assume notre amour" . "Vous imaginez bien que depuis onze ans on en a bavé" , renchérit Marie, "mais on ne peut pas aller contre."

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.