Au Salvador, une peine de 40 ans de prison a été requise contre une jeune femme ayant perdu son bébé. Dans ce pays qui possède l'une des législations anti-avortement les plus restrictives, les juges l'accusent d'homicide aggravé. À cette occasion, France Inter revient sur l'accès à l'IVG dans le monde.

Manifestation en faveur du droit à l'avortement au Chili, le 25 juillet.
Manifestation en faveur du droit à l'avortement au Chili, le 25 juillet. © AFP / Martin Bernetti

Elle jure que son bébé était mort-né, qu'elle n'a jamais eu l'intention de mettre fin à sa vie. Au Salvador, Evelyn Hernandez, 21 ans aujourd'hui, mais adolescente au moment des faits, connaîtra ce lundi 19 août la peine prononcée à son encontre. Elle risque gros. À l'audience, le ministère public a requis 40 ans de prison pour celle qu'il accuse d'homicide aggravé. 

Le Salvador possède l'une des législations anti-IVG les plus dures au monde. Le code pénal prévoit une peine de deux à huit ans d'emprisonnement pour les cas d'avortement mais, dans les faits, les juges considèrent toute perte du bébé comme un homicide aggravé, puni de 30 à 50 ans de réclusion. Qu'en est-il dans les autres pays ? 

Une vingtaine de pays interdisent totalement l'IVG

À ce jour, outre le Salvador, l'avortement est totalement banni dans une vingtaine d'États, parmi lesquels Malte, le Vatican, le Nicaragua, la République dominicaine, les Philippines, le Congo ou encore la Mauritanie. À Malte, les femmes qui décident de mettre un terme à leur grossesse risquent ainsi  jusqu'à trois ans de prison. Idem pour leur praticien.

Dans une petite cinquantaine de pays (Guatemala, Venezuela, Afghanistan, Bangladesh, Somalie, etc), l'IVG n'est autorisée que si la vie de la femme est menacée. C'était d'ailleurs le cas en Irlande, jusqu'en 2018 : après un référendum au cours duquel les électeurs se sont prononcés à 66% pour la levée de l'interdiction constitutionnelle, le parlement irlandais a adopté une loi permettant l'avortement jusqu'à la douzième semaine de grossesse. 

Les lignes devraient également bouger à Monaco dans les prochains mois  : la principauté a l'intention de dépénaliser l'avortement. Désormais, les femmes qui mettront un terme à leur grossesse ne tomberont plus sous le coup de la loi. À ce jour, elles encourent jusqu'à trois ans de prison et 18 000 euros d'amende. En revanche, les professionnels de santé eux s'exposeront toujours à des sanctions.

En revanche, en Argentine,  le parlement a refusé, le 8 août 2018, la légalisation de l'IVG. Celle-ci est donc toujours illégale, sauf quand la santé de la mère est menacée ou lorsque la grossesse est le résultat d'un viol. Mais les militants en faveur des droits des femmes continuent de se mobiliser.

En 2017, 42% des femmes n'avaient pas accès à l'IVG dans leur pays natal. D'après l'ONU, les avortements clandestins provoquent chaque année 47 000 décès

Droit théorique, difficultés réelles

Au total, 58 pays autorisent l'avortement sans condition. Un droit qui, dans la pratique, se heurte parfois à de féroces oppositions. Aux États-Unis, une trentaine d'États conservateurs ont récemment adopté des lois anti-IVG, dans l'espoir d'amener la Cour suprême à réviser sa jurisprudence, à savoir l'arrêt Roe v. Wade, établi en 1973. 

En France, des voix dénoncent les entraves à l'IVG. Fermetures de centres, manque de praticiens, affaiblissement du Planning familial : en juillet, une cinquantaine de députés de gauche s'alarmaient dans une tribune des difficultés auxquelles les femmes se retrouvent confrontées.

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