Les jeunes ont de plus en plus de mal à trouver un emploi stable, mais ils sont plutôt moins inquiets qu'il y a dix ans, révèle une étude au long cours du Centre d'études et de recherches sur les qualifications.

La part des jeunes qui accèdent rapidement à des emplois à durée indéterminée est  en net recul entre les générations 1998 et 2010, passant de 40% à 32%.
La part des jeunes qui accèdent rapidement à des emplois à durée indéterminée est en net recul entre les générations 1998 et 2010, passant de 40% à 32%. © AFP / Edouard Richard / Hans Lucas

Globalement la situation des jeunes sur le marché du travail s’est détériorée durant les vingt dernières années. Ce sont les conclusions de l'enquête "Génération" du Cereq, Centre d'études et de recherches sur les qualifications. 

Depuis vingt ans, les enquêtes "Génération" visent à éclairer la connaissance sur l’insertion professionnelle des jeunes et aident au pilotage des politiques publiques qui l’accompagnent. Selon les éditions, entre 20 000 et 55 000 jeunes sortis la même année du système scolaire ont été interrogés sur leurs premières années de vie active.

Le Cereq a observé, entre 1992 et 2015, des jeunes sortis la même année du système éducatif et les a interrogés cinq ans après. Résultat : il a plus de diplômés et les jeunes sortent mieux armés. Mais des inégalités demeurent, se creusent. Et il apparaît que le diplôme de l'enseignement supérieur, même s'il protège toujours contre le chômage, a un impact moindre qu'il y a deux décennies. 

Cette dégradation est conjoncturelle mais également structurelle. Les dérogations possibles au recours au CDI sont de plus en plus nombreuses d'une part, et, d'autre part, l’emploi non qualifié est en baisse. Enfin, l’hétérogénéité des parcours d’insertion en fonction du diplôme et des origines sociales s’est nettement accrue au cours des deux dernières décennies.

Les doctorants à la peine

L’évolution de l’insertion des jeunes docteurs est marquée par une précarité croissante dans la recherche publique, qui reste le débouché privilégié de cette population. Ils sont peu nombreux à s’orienter vers la R&D privée où leurs conditions d’emploi sont cependant meilleures, mais où ils sont fortement concurrencés par les ingénieurs. De plus, les mobilités entre les deux secteurs sont peu fréquentes. 

Une analyse des trajectoires professionnelles montre que celles-ci se déterminent, et se différencient, très tôt, conditionnées par les choix opérés en début de thèse.

Le salaire médian en nette baisse depuis 20 ans pour les doctorants et les détenteurs d'un Master 2
Le salaire médian en nette baisse depuis 20 ans pour les doctorants et les détenteurs d'un Master 2 / Cereq

Les jeunes femmes moins pénalisées

L'écart se réduit entre les hommes et les femmes. Les jeunes filles ont une meilleure insertion professionnelle, si l'on observe sur vingt ans, mais c'est davantage lié aux types d'emplois (plus d'emplois tertiaires, moins d'emplois industriels) qu'aux politiques en faveur de l'emploi des femmes. Les jeunes femmes ont des diplômes de plus en plus élevés. Mais cela ne leur garantit toujours pas le niveau de salaire des hommes, même si l'écart se réduit, on est passé de 20 % il y a vingt ans à 11 %, de différence de salaire. Cette amélioration est surtout due aux difficultés des hommes et pas seulement aux meilleures qualifications des femmes.

De plus en plus de jeunes femmes obtiennent des masters et des doctorats
De plus en plus de jeunes femmes obtiennent des masters et des doctorats / Cereq

Les emplois de service, souvent plus féminins, se sont fortement développés. Le diplôme reste malgré tout nécessaire pour accéder à l'emploi et surtout s'y maintenir. 

Double peine pour les jeunes des zones sensibles

Les jeunes originaires des ZUS (zones urbaines sensibles) sont pénalisés dans l'accès à l'emploi. Les difficultés d’insertion sont plus prononcées pour eux, et elles se sont fortement dégradées que pour les jeunes urbains, à l’exception des non diplômés. Ce fossé croissant s’explique en majeure partie par des inégalités sociales et scolaires qui paraissent de plus en plus pénalisantes. L’effet territorial propre est en effet d’ampleur limitée et en léger retrait sur la période.

L'inquiétude est moins grande

Seuls 23 % des jeunes arrivés sur le marché du travail en 2010 se disaient inquiets en 2015 au sujet de leur avenir professionnel, a révélé l'Insee dans son étude Formations et emploi.  Cette proportion était de 37 % en 1997 pour ceux qui sont arrivés sur le marché du travail en 1992. Ils étaient également moins nombreux au sein de la génération 2010 à se sentir utilisés en dessous de leur niveau de compétence et à s'estimer mal payés pour leur travail. Davantage de jeunes disent par ailleurs se réaliser personnellement. Les conditions d'insertion dans l'emploi des jeunes s'étant dégradées, il semblerait que les générations actuelles tolèrent davantage que les précédentes les difficultés d’accès et de stabilisation en emploi. 

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