Depuis quelques jours, le récit du décès d'une institutrice à la suite d'une infection au Covid-19 est très largement repris sur les réseaux sociaux. Après vérification, France Inter retrace la trajectoire de cette "fake news".

Un texte copié-collé et partagé des milliers de fois sur les réseaux sociaux affirme qu'une institutrice est décédée d'une infection au Covid-19 en Alsace.
Un texte copié-collé et partagé des milliers de fois sur les réseaux sociaux affirme qu'une institutrice est décédée d'une infection au Covid-19 en Alsace. © Capture d'écran Facebook

"Elle était instit en Alsace. elle avait 42 ans, un mari, 3 enfants. (...) Elle a gardé les enfants de soignants (...) Elle est décédée hier du Covid 19. Son mari porte plainte contre l'Éducation Nationale"... Cette histoire est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Sur Facebook plusieurs personnes ont fait des statuts qui ont été, chacun, partagé plusieurs milliers de fois. Un message posté dans le groupe "info gilets jaunes" a été partagé près de 4.000 fois. De nombreux utilisateurs ont partagé ce statut dans l'espoir de montrer qu'il est déraisonnable de rouvrir les écoles à partir du 11 mai.

Contacté par France Inter, le rectorat confirme que "c'est une fake news". "Nous n’avons eu aucune remontée d‘une institutrice décédée à l’Académie et nous n’avons pas non plus trace de plainte déposée. Nous avons pourtant fait des recherches approfondies". Avant cette confirmation, nous n'avions trouvé aucune trace de ce décès dans les avis de décès parus dans la presse régionale et tous les syndicats locaux interrogés avaient été dans l'impossibilité de nous confirmer cette disparition.

Les syndicats démentent

Un représentant du SNUipp-FSU dans le Haut-Rhin contacté par France Inter assure que la rectrice de l'académie a "réclamé une enquête à ses inspecteurs d'académie" sur l'origine de ce fake. Sur Facebook, la même organisation syndicale confirme qu'il "n'y a pas eu de décès d'enseignante dans le département [du Bas-Rhin] suite à l'accueil des enfants de soignants. Rumeur infondée, aucun enseignant contaminé pendant ces accueils"

Un message partagé dans l'espoir de retarder la rentrée des classes

Le message massivement partagé affirme que "l'instit'" a "fait son travail d'enseignante consciencieuse et motivée durant ce confinement". "Elle a gardé les enfants de soignants. L'un semblait n'avoir qu'un rhume. Elle est décédée hier du Covid-19". Elle aurait dès lors été victime du dispositif gouvernemental mis en place pour permettre aux enfants de soignants d'être scolarisés.

La plupart des utilisateurs s'appuient sur cette histoire pour montrer qu'il ne faut pas rouvrir les écoles. "Voilà que l'on veut maintenant ré-ouvrir écoles, coiffeurs restaurants, bistros pour que les gens soient débarrassés des mômes et aillent au boulot en métro et que le fric continue à rentrer dans les caisses. Ne restera plus qu'à applaudir tous ensemble à 20h le personnel soignant qui prendra ça en charge, quand nous serons sur les terrasses de bistro et restaurant", s'énerve un utilisateur sur Facebook dont le message initial a été partagé plusieurs milliers de fois.

En dessous d'un autre message partagé sur Facebook plusieurs centaines de fois, une utilisatrice répond: "J'en pense qu'il ne faut pas envoyer nos enfants à l'école !". Une autre, encore: "Mes enfants ne retourneront pas à l'école personnellement". De nombreuses personnes demandent néanmoins des précisions sur cette histoire qui leur parait louche.

L'origine de cette fausse info

Le texte d'origine a été publié sur un compte Facebook, celui de "Janique", désormais introuvable. Face aux nombreuses accusations de "fake", un compte Twitter d'une personne qui semble lié à ce compte Facebook, fait "une mise au point" : "mon amie a perdu son amie... on a voulu lui rendre hommage et cela a tourné au fiasco....". Ce compte Twitter a ensuite publié un nouveau message pour dire : "nous nous sommes rendus compte mon amie et moi que la collègue décédée n'était pas morte […] Je suis désolée de vous avoir fait perdre votre temps. Franchement j'y ai cru. Nous sommes entourés de malades".

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