Ce samedi, huit personnes sont portées disparues après des pluies diluviennes qui se sont abattues vendredi dans le sud est du pays. Un épisode d'une violence inouïe lié au passage de la tempête Alex en Bretagne. Alix Roumagnac, président de Predict Service, une filiale de Météo France, était l'invité du journal de 13h

Des tronçons entiers de routes ont été emportés, laissant des villages coupés du monde.
Des tronçons entiers de routes ont été emportés, laissant des villages coupés du monde. © AFP / Valery HACHE

Alors que la pluie a cessé ce samedi dans la région de Nice, le bilan des intempéries qui se sont abattues sur les Alpes-Maritimes vendredi est catastrophique : huit personnes sont portées disparues, et plusieurs villages ont été coupés du monde. Quelque 12 000 foyers sont toujours privés d'électricité ce samedi à la mi-journée. 

Le Premier ministre Jean Castex et le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sont attendus samedi dans cette zone, où les crues ont été impressionnantes, avec des cumuls de pluie allant jusqu'à 500mm en quelques heures. Dans le journal de 13h, le président de l'entreprise de prévisions météo Predict Service, filiale de Météo France, est revenu sur les aspects météorologiques de cet événement.  

FRANCE INTER : Pour bien comprendre l'extrême violence de ces intempéries, il faut souligner qu'il est tombé l'équivalent d'un an de pluie en seulement dix à douze heures... 

ALIX ROUMAGNAC : "Oui, les zones de l'Esteron, de Malaussène, de la Tinée et la Vésubie ont concentré les précipitations. A l'origine, c'est la tempête Alex, qui était sur la Bretagne, et qui a fait remonter de Méditerrannée, dans son enroulement, de l'air très humide chargé. Comme cela s'était passé il y a deux semaines dans le Gard au pied de l'Aigoual, c'est dans les reliefs de ces vallées que les précipitations se sont concentrées en très peu de temps, et ont donné des ruissellements très rapides qui ont fait gonfler des cours d'eau. Tous ces cours d'eau ont abouti au Var dans l'après-midi, avec la crue qui est arrivée à Saint-Laurent du Var en fin de soirée."

Un an de pluie, ça signifie 50 cm d'eau en quelques heures sur des montagnes très pentues ? 

"C'est ça. C'est à peu près 60 cm d'eau par mètre carré qui sont tombés sur ces montagnes très pentues en très très peu de temps. Cela a ruisselé très vite, et ça court le long des vallées : les montées de niveaux peuvent-être très rapides, monter jusqu'à six ou sept mètres en deux ou trois heures."  

La force et la puissance de ces crues sont terribles... les images d'une maison emportée par les eaux, avec ses deux habitants, reste en tête... 

"Ce qu'il faut signaler c'est qu'on est cinq ans, jour pour jour, après les terribles événements qui avaient touché Cannes et Mandelieu en 2015. L'an dernier, en novembre et décembre la zone des Alpes Maritimes avait été très touchée. Le département, depuis, a créé un syndicat qui fait des travaux d'endiguement, qui met en place des plans de sauvegarde.  

Depuis jeudi, ce syndicat, les services de la préfecture, les services de secours, la gendarmerie, ont fait passer des messages pour fermer les établissements scolaires, limiter les déplacements... tout ceci a porté ses fruits. Heureusement que cela a été fait. Sur ces événements catastrophiques, seule la prévention et la compréhension des bonnes attitudes sont efficaces. On a encore trop vu d'images de gens qui prenaient la route dans des zones dangereuses."  

Doit-on parler de tempête, ou d'épisode cyclonique ? 

"Il y a deux semaines, ce qui a frappé le Gard, c'était une tempête sud-tropicale qui était sur le golfe de Gascogne. Là, c'est une tempête descendue de Bretagne sur la côte atlantique, et qui a fait remonter par enroulement de l'air humide de Méditerranée. Il y a donc un double aspect : un aspect tempétueux qui est sur l'Atlantique ; et ces événements méditerranéens qui sont de plus en plus fréquents, de plus en plus violents. On parle d'évènements exceptionnels dans leur ampleur, et malheureusement, on se rend compte que la fréquence de ces événements augmente.  

On sait que la Méditerrannée est une mer fermée : le GIEC l'indique comme un des hotspots du changement climatique, car avec les canicules, les étés très chauds, la température de la mer augmente, et cela fait remonter de l'air très chaud, très humide. Le choc avec l'air froid qui descendait avec la tempête Alex, c'Est-ce qui explique la violence de ce type d'événement."  

Comment prévoir ce genre de catastrophes ? 

"Nous avions fait le point, depuis le début de la semaine, avec nos collègues de Météo France. Tous ces systèmes avaient été bien prévus par les modèles de Météo France. Les vigilances rouges étaient sorties. Mais pour des événements si extrêmes, il faut continuer à travailler sur la prévention, au fait de ne pas construire sur des zones inondables. Ça doit aussi remettre au premier niveau toutes les discussions sur les décisions que l'on doit prendre pour lutter contre ce changement climatique, même si on sait que les décisions que l'on prendra aujourd'hui n'auront d'effet que d'ici quelques dizaines d'années." 

Après la Bretagne et les Alpes-Maritimes, on dit que la côte atlantique et le sud-Aquitaine risquent d'être aussi touchés dans le weekend...  

"Nos équipes sont en contact avec les municipalités du pays Basque et des Landes : la tempête Alex a donné lieu à une houle assez importante. On continue donc le travail dans d'autres territoires, dans les Côtes d'Armor par exemple."  

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