Les dommages causés par les plantations de palmiers à huile sur les espèces sont "considérables", mais les interdire ne ferait certainement que déplacer le problème. C'est l'avis de l'Union internationale pour la conservation de la nature, qui regroupe gouvernements et ONG.

Les dommages causés par les plantations de palmiers à huile sur les espèces sont considérables, mais l'interdire ne ferait que déplacer le problème selon l'UICN
Les dommages causés par les plantations de palmiers à huile sur les espèces sont considérables, mais l'interdire ne ferait que déplacer le problème selon l'UICN © AFP / Donal Husni / NurPhoto

Interdire l’huile de palme augmenterait très certainement la production d’autres cultures oléagineuses pour répondre à la demande d’huile, et ne ferait que déplacer, sans l'arrêter, l’appauvrissement significatif de la biodiversité à l’échelle mondiale causé par l’huile de palme. C'est du moins l'avis de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans un rapport publié ce mardi

Depuis plusieurs années, l'huile de palme, utilisée principalement dans l'alimentation, est stigmatisée par les défenseurs de l'environnement qui la considèrent comme l'une des plus grandes menaces pour la biodiversité tropicale, en raison de la déforestation qu'elle entraîne. 

S'il note que d'autres pratiques agricoles comme les monocultures de soja et d'hévéas peuvent être "tout aussi néfastes", le rapport de l'UICN constate un "impact négatif considérable sur la plupart des espèces". 

L'huile de palme décime la riche diversité d'espèces de l'Asie du Sud-Est, car elle dévore des pans entiers de forêt tropicale

commente Erik Meijaard, auteur principal du rapport basé sur l'étude de la littérature sur le sujet publié jusque début 2018. 

Selon le texte, les plantations de palmiers à huile sont responsables parfois de 50% de déforestation dans certaines zones comme l'Indonésie et la Malaisie, les deux premiers producteurs mondiaux qui accueillent respectivement 60% et 32% des 18,7 millions d'hectares de plantations industrielles de palmiers à huile. 

Production d'huile de palme en 2014 selon la FAO
Production d'huile de palme en 2014 selon la FAO © AFP / Simon MALFATTO, Kun TIAN

Cette monoculture a ainsi été responsable de 50% de la déforestation à Bornéo entre 2005 et 2015, avec un impact plus sévère dans la partie malaisienne qu'indonésienne. 

Conséquence bien connue de cette déforestation massive, couplée à d'autres facteurs comme le braconnage, la population d'orangs-outangs a chuté de 25% sur l'île pendant la dernière décennie. Mais gibbons, tigres et certaines espèces d'oiseaux sylvicoles sont également "gravement touchés", souligne le rapport.  

Au total, 193 espèces considérées comme menacées par la liste rouge de l'UICN sont concernées.   

Sachant que les autres cultures oléagineuses requièrent jusqu’à neuf fois plus de terres que l’huile de palme pour la même production, le remplacement de cette dernière par d’autres cultures augmenterait significativement la surface terrestre totale utilisée pour la production d’huiles végétales afin de satisfaire la demande mondiale. Selon le rapport, c’est en évitant davantage de déforestation liée à l’huile de palme que l’on obtiendrait, de loin, les plus gros gains pour la biodiversité. Le rendement d'huile de palme est en effet beaucoup plus élevé que celui d'autres huiles végétales, comme le tournesol ou le colza. La remplacer risquerait de nécessiter plus de terres et cela conduirait également à déplacer l'impact vers d'autres écosystèmes, comme les forêts d'Amérique du Sud ou la savane.

Malgré ce constat, l'organisation ne plaide pas pour une interdiction de l'huile de palme réclamée par certains militants.  La moitié de la population mondiale utilise l'huile de palme pour son alimentation. Aussi si nous l'interdisons ou la boycottons, d'autres huiles, plus gourmandes en terres, prendront très certainement sa place

selon la directrice générale de l'UICN Inger Andersen. 

Trouver une huile qui ne pousse pas à la déforestation

C'est du moins ce que suggère l'UICN. Par exemple, faire des plantations sur des zones dégradées, et non à la place de forêts tropicales. 

Mais l'UICN ne plaide pas pour une huile de palme durable labellisée.  

L'huile de palme certifiée s'est avérée, jusqu'à présent, à peine plus efficace pour empêcher la déforestation que son équivalente non-certifiée, mais l'approche est encore relativement nouvelle et possède un potentiel pour améliorer la durabilité

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