Sites citoyens, participatifs, engagés, intéressés. Le mouvement des Civic Tech modifie-t-il le débat démocratique ?

Extrait site Laprimaire.org, explications sur le vote pour les candidats
Extrait site Laprimaire.org, explications sur le vote pour les candidats © Tatienne Laplanche/ Laprimaire.org

Les Etats-Unis ont désormais un nouveau président. On lit et on entend beaucoup de choses sur tout ce que les sondeurs, les élites, les médias n’auraient pas bien compris en sondant le peuple américain.

En France, je ne sais pas ce qui va se passer en mai 2017, ni d’ici là, mais certains espèrent pouvoir compter dans le débat même s’ils n’appartiennent pas au personnel politique, ni à des instituts de sondage ou à de grands médias.

Ils sont citoyens, militants, et ils comptent bien faire avancer de nouvelles idées. Le credo est commun à toutes ces initiatives : il y a un divorce entre les élus et le peuple. Voter ne suffit plus, il faut aussi agir. Mais tous les exemples qui se développent dans le monde des Civic Tech, abréviation de technologies civiques, n'ont pas les mêmes finalités.

La primaire.org : direction la présidentielle 2017

En avril David Guez et Thibault Favre ont monté le site Laprimaire.org pour faire émerger un projet et un candidat à la présidentielle, en dehors des partis. Il reste 5 candidats sur 12. Les électeurs devront les départager en décembre.

Pour l’heure quelques 87 000 internautes ont participé, le site vise un objectif de 100 000.

A l’issue de la primaire un nouveau parti politique sera créé et une campagne de financement démarrera pour permettre au candidat final de se présenter face à candidats traditionnel.

Que vaut un panel de 100 000 participants ? Imaginez ce futur candidat, candidate, sur le grand ring pour un match entre poids lourds, avec leurs équipes, leurs soutiens financiers, leurs réseaux, etc…

Comparer les programmes

Pour comparer les propositions, il y a voxe.org. Déjà en action en 2012, pour l'instant le site s'est concentré sur les propositions des candidats de la primaire à droite, et celle des verts. Il ne faut pas être trop exigeant, et espérer que le site soit plus précis à l'avenir.

Si vous essayez de comparer les programmes des candidats à la primaire de droite par exemple, Juppé et NKM, sur la question du numérique, voilà la résultat :

1e proposition d’Alain Juppé, on a presque envie de dire "Atchoum" en lisant : Moderniser la démocratie à l'ère du numérique en améliorant la transparence et la redevabilité de l'action publique par un suivi en temps réel de l'avancée des travaux du gouvernement, et en instaurant un cabinet de la société civile auprès du Président de la république.

Côté NKM, bizarrement le site n’a aucune info à donner, alors qu'elle a été en charge de ses questions sous Sarkozy. (Dans les 12 propositions de NKM pour 2017, le mot "numérique" n'apparaît que 2 fois.)

Voxe.org ne peut être tenu pour responsable du manque d'imagination des candidats, mais il se veut une "boîte à outils" pour toute personne qui a envie de suivre les élections, rencontrer des citoyens, et se tenir informer.

Inspirer les candidats, concurrencer les sondeurs

Sur le site Nuit Debout, l'un des thèmes de réflexion, sur le vote blanc et sa prise en compte
Sur le site Nuit Debout, l'un des thèmes de réflexion, sur le vote blanc et sa prise en compte © Aucun(e)

Si les récentes initiatives issues de mouvement comme Nuit Debout, comme Démocratie sur la place, s'appuient sur le travail de bénévoles, pour engager réflexions et dossiers de propositions, d'autres entreprises naissent d'un désir de tirer profit de cette vague citoyenne.

C'est le cas de Make.org, qui prétend apporter une mesure d'écoute de l'opinion, complémentaire aux mesures habituelles des sondeurs.

Ainsi, Make.org recueille les propositions et idées de contributeurs sur son site. Par exemple, un tiers des personnes qui se sont exprimées sur le thème "Comment réinventer l'Europe" souhaiterait commencer par sortir de l'Union européenne.

Pour son fondateur Axel Dauchez, ex-patron de Deezer, "le fossé ne cesse de se creuser entre les citoyens et leurs représentants. L’élection d’un nouveau président ne changera pas grand-chose. D’autres débats et changements doivent émerger. Make.org soumet aux différents responsables de partis les idées qui émergent sur le site.Plutôt que de questionner les gens avec une vision inadaptée, nous recueillons les idées de la base".

Ici pas de philanthropie, Make.org emploie 15 salariés et le modèle économique est basé sur le recueil de données en masse. Tous les résultats, réponses aux questions, compilations des avis peuvent être revendus à des sondeurs, des partis qui ont besoin de rapport sur des grands sujets.

Make.org veut aussi proposer un suivi des engagements politiques des élus. Son site devrait permettre aux internautes d’accéder à toutes les contributions et prises de position des élus (citations, posts, engagements, travail législatif ou votes).

Suivre le travail des élus

L'enjeu dans le domaine du suivi du travail des élus, c'est de le rendre compréhensible. Le travail d'un site comme LaFabrique de la loi est colossal. Il propose de suivre l'évolution de la loi au fil de la procédure parlementaire. Ce projet est un travail commun de l'association Regards Citoyens et des laboratoires de recherche de Sciences Po. En consultant ses différentes données, vous arriverez sur le site Nos députés, qui recensent auditions, rapports et interventions de ceux-ci.

Graffiti
Graffiti © Aucun(e)

Les projets majeurs sont recensés sur le site Démocratie ouverte. Le site annonce le rendez-vous des 8 et 9 décembre, le sommet de l’OGP (OpenGov Parnership. A cette occasion la plateforme média Place to Democracy, sera le QG des médias citoyens.

"Plutôt que fédérer les mécontents, plutôt qu’attiser les violences et les peurs, le bouillonnement démocratique contribue à façonner une culture de la participation utile, répond à l’urgence de parler de politique autrement, au besoin de retrouver un récit commun, de partager un imaginaire collectif. C’est ce récit que nous voulons contribuer à écrire avec Place to Democracy." explique Démocratie ouverte.

Alors oui le numérique permet de faire émerger des idées, des débats, ... mais à condition d'être du bon coté de la fracture numérique. 7 millions de personnes sont encore «déconnectées» en France, dont 6 millions sont en situation de précarité selon Emmaüs.

Sur ces plateformes plus citoyennes plus démocratiques, plus à l'écoute on trouve forcément des gens équipés, habitués à circuler sur le net, ou bien des acteurs d'influences, qui savent mettre en oeuvre l'interactivité et en tirer profit.

Entre les deux, des algorithmes, qui se font le miroir de nos profils. Désormais on le sait, les algorithmes de Google nous confinent dans notre propre bulle cognitive. La même recherche faite par deux internautes, l'un de droite, l'autre de gauche, sur le mot "démocratie" par exemple, donnerait des résultats différents pour chacun.

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