L'instance de dialogue avec l'islam était réunie pour la troisième fois depuis son lancement en juin 2015, ce lundi, place Beauvau.

Avant Bernard Cazeneuve puis Bruno Le Roux, ils ont été nombreux à chercher à organiser ou à contrôler l’islam de France.
Avant Bernard Cazeneuve puis Bruno Le Roux, ils ont été nombreux à chercher à organiser ou à contrôler l’islam de France. © Maxppp / Christophe Petit Tesson

Une centaine de personnalités de la communauté musulmane (religieux, associations, société civile), mais aussi des universitaires, et des membres des services ministériels ont débattu. Le nouveau ministre de l'intérieur, Bruno Le Roux, qui a appelé à "banaliser l'islam de France" espère que cet Islam de France pourra bientôt s'appuyer sur trois piliers : religieux avec le CFCM, culturel avec la Fondation pour l'Islam de France présidée par Jean-Pierre Chevènement, et financier avec une association cultuelle chargé de la gestion des financements, qui devrait être lancée début 2017. Parmi les ateliers de discussion, la formation des imams, qui devrait rentrer dans un processus bien balisé.

« C'était une journée de dialogue et non pas de décision » a prévenu le ministre Bruno Le Roux, mais on commence à y voir un peu plus clair. La France doit disposer d'un cursus solide en Sciences humaines et sociales de l'Islam. Et les cadres religieux devront avoir un vrai diplôme universitaire avec à la fin un stage et une année pratique.

L'objectif est ambitieux : mettre fin au copier-coller sur les pays étrangers pour une nouvelle islamologie française. Pour Zacarya Gangate, directeur de l'Institut de théologie musulmane de La Réunion, il faut que les cadres religieux maîtrisent le texte, et connaissent le contexte : les spécificités historiques et culturelles de la France.

Avant Bernard Cazeneuve puis Bruno Le Roux, ils ont été nombreux à chercher à organiser ou à contrôler l’islam de France, de Pierre Joxe à Nicolas Sarkozy, retour sur presque trois décennies de relations tendues et ambiguës entre l’Islam de France et l’Etat français.

Au début du 20ème siècle, la pratique de l’islam ne concerne que quelques dizaines de milliers de personnes. La seule véritable mosquée sur tout le territoire est la grande mosquée de Paris inaugurée en 1926. Les lieux de cultes n’existent quasiment pas, les aumôniers musulmans sont absents de écoles et des prisons.

Entre 1960 et 1970, avec l’arrivée massive de mains d’œuvres venue de pays musulmans, la pratique ne change pas et les lieux de cultes sont rares. Mais en 1989, l’affaire dite du foulard islamique va lancer une polémique. La question est posée au ministre de l’Education de l’époque, Lionel Jospin, les jeunes filles peuvent-elle oui ou non porter un voile à l’école. 1989 : La décision du conseil d’état sur le port du voile à l’école. https://www.youtube.com/watch?v=zopIWAhg9xI

Dès lors, la question de qui impose les règles et quelles règles aux musulmans de France ne cessera plus d’être posée. Plus largement, le statut des imams ainsi que leurs nationalités posent alors question. Le contrôle de leur lieu de culte et de leur « instances religieuses » a depuis occupé tous les gouvernements successifs.

L'idée n'est pas neuve

1990 : François Mitterrand, président de la République et son ministre de l’Intérieur, responsable des cultes lancent le Conseil de réflexion sur l’islam de France. Cet organe, ancêtre du CFCM est chargé de proposer des pistes pour organiser le culte musulman. A cette époque, la grande majorité des imams installés en France viennent de pays étrangers.

1997 : Jean-Pierre Chevènement, devenu ministre de l’Intérieur donc, des cultes du gouvernement de Lionel Jospin, déclare : " Il y a un paradoxe de l'Islam dans ses rapports avec la laïcité. Nous devrons parvenir à trouver les modalités pratiques de nos rapports, ce qui suppose l'existence d'un interlocuteur légitime, ou du moins considéré comme tel par le plus grand nombre. L'absence d'un clergé unifié et hiérarchisé ne doit pas être un obstacle insurmontable. L'État n'imposera pas ses choix. Ce n'est pas" son rôle.

1999 / 2002 : Une grand consultation est lancée par le ministre auprès des fédérations, associations, et différentes instantes représentantes de l’islam en France afin de rédiger et d’amender un texte sorte de pacte entre les représentants religieux et l’État français. Cette discussion se poursuivra avec Daniel Vaillant devenu ministre de l’intérieur en 2000.

2003 : Tout comme ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy souhaite lui aussi contrôler les instances religieuses musulmanes. « Je souhaite débarrasser l’islam des influences étrangères », explique le Sarkozy en novembre 2003. Il fonde le Conseil Français du Culte musulman. Halal, formation des imams, pèlerinage, carré musulmans dans les cimetières…le ministre de l’Intérieur souhaite tout contrôler.

Après mille et une péripéties, les élections des représentants du CFCM donnent la victoire à l’UOIF proche des Frères musulmans. Remis en cause pour de nombreuses associations, cet organe désormais officiel ne sera jamais totalement vécu comme légitime pour la majeure partie des 5 millions de musulmans vivant en France.

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