Plusieurs associations, médecins et parlementaires s'inquiètent de la situation de femmes qui n'ont pas pu faire valoir leur droit à l'avortement pendant le confinement et qui sont aujourd'hui hors délai. Pour leur permettre d'avorter, ils demandent un rallongement de ce délai de 12 à 14 semaines de grossesse.

A cause de la crise du Covid, beaucoup de femmes n'ont pas pu bénéficier d'IVG dans les délais
A cause de la crise du Covid, beaucoup de femmes n'ont pas pu bénéficier d'IVG dans les délais © Maxppp / Thierry THOREL

Comment se sont passées les IVG pendant le confinement ? "Mal" déplorent le Planning Familial, ainsi que des gynécologues et des militants d’associations pour les droits des femmes comme L4W. 

Pendant le confinement, certains n'ont pas vu les patientes et ont réalisé très peu d'IVG. D'autres constatent au contraire avoir eu pendant le confinement beaucoup d'appels de femmes très inquiètes à l'idée d'être enceintes et d'arriver hors délai, faute d'avoir pu faire valoir leur droit à l'IVG dans les temps, c'est à dire avant les 12 semaines de grossesse. 

Pour ces femmes, "il faut assouplir la loi et voter un allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse", demandent ces professionnels et militants, faute de quoi il va y avoir des conséquences sanitaires, sociales et psychologiques "catastrophiques".

"Déjà, en temps normal l’accès à l’IVG n’est pas toujours simple. En période de confinement, c’est devenu pire" explique Charlotte Billaud, coordinatrice au Planning Familial. Elle constate un doublement des appels sur le standard du Planning ces dernières semaines pour dépassement de délai. "Et le standard n'est pas exhaustif, ça ne reflète que celles qui ont appelé, donc une petite partie seulement de la réalité". 

Des dépassements aux raisons multiples

Même constat à la Maison des Femmes, un centre médical en Seine Saint-Denis où la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem accueille dix fois plus de femmes hors délai depuis le confinement."On en recevait deux par mois avant, maintenant c'est même jusqu'à deux par jour".  Elle voit arriver aujourd’hui des adolescentes notamment, dépassées par la situation: "J'ai l'histoire de cette jeune fille, confinée au moment où elle découvre sa grossesse, elle habitait avec son papa car les parents sont divorcés, elle n'a pas pu lui en parler, les jours ont passé et maintenant, elle a dépassé le délai de trois semaines". 

Peur d'en parler à ses parents, structures fermées, refus de prises en charge pour celles qui avaient des symptômes de Covid, peur de sortir et d’être contaminée, les raisons de ces dépassements sont multiples. Pour toutes ces femmes, "il faut absolument allonger de 15 jours le délai légal d’IVG", insiste Michelle Dayan. Avocate, elle préside l’association L4W (Lawyers For Women). 

"Considérer que le délai a été suspendu durant le confinement"

Cet allongement, déjà réclamé via un amendement lors de l'examen parlementaire des deux premières lois d'urgence, n'a jamais été retenu. Les parlementaires impliqués dans ce combat, dont la sénatrice PS de l'Oise Laurence Rossignol, espèrent encore pouvoir le faire voter dans la 3e loi d'urgence examinée en ce moment même. "Au bout de la 3e loi d'état d'urgence, il faut que ça bouge. Il faut que cet allongement soit voté et dure le temps de l'état d'urgence, plus trois mois pour se donner de la marge, car le problème ne s'arrêtera pas avec la fin de l'état d'urgence. Il faut que le gouvernement entende cette demande et passe à l'acte, qu'il enlève ce blocage".

Sur le terrain juridique, l'avocate Isabelle Steyer estime qu'"il faut considérer en quelque sorte que le délai a été suspendu pendant le confinement, au moment où la femme n'a pas eu accès aux institutions médicales, et n'a pas pu exercer son droit". D'après elle, le délai doit par conséquent être prorogé de la durée durant laquelle son droit à l'IVG n'a pas pu être exercé.  

Sa consœur Michelle Dayan renchérit: "Vous constaterez que pendant les débats parlementaires, plein de délais ont été allongés, on a même rallongé le délai pour déposer la déclaration d'impôts ! En revanche, l'allongement du délai de l'IVG, même de deux petites semaines, a été balayé d'un revers de la main. La femme est toujours la dernière à être considérée en cas de crise. On parle de quoi, de deux petites semaines, c'est tout ! Et les conséquences peuvent être dramatiques."

"Je n'irais pas jusqu'à dire que ça risque d'être le retour des aiguilles à tricoter, mais je suis inquiète", explique Ghada Hatem. Pour la santé des femmes, mais aussi pour l'égalité de l'accès aux soins.".  Car sans cet allongement,  les femmes qui le peuvent et qui en ont les moyens iront avorter à l’étranger ou les délais sont plus souples, creusant ainsi, explique le Planning, les inégalités sociales face à l’IVG. 

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