Six mois après le dépôt d'un droit d'alerte auprès de la direction de la SNCF Bourgogne-Franche-Comté, plusieurs victimes de harcèlement sexuel attendent toujours une décision. Associations et syndicats dénoncent des procédures souvent beaucoup trop longues pour sanctionner les harceleurs dans les entreprises.

Le syndicat collectif femmes mixité de la CGT a déposé un droit d'alerte auprès de la direction de la SNCF Bourgogne-Franche Comté pour des faits de harcèlements sexuels.
Le syndicat collectif femmes mixité de la CGT a déposé un droit d'alerte auprès de la direction de la SNCF Bourgogne-Franche Comté pour des faits de harcèlements sexuels. © AFP / FRANK MAY / picture alliance / dpa Picture-Alliance

En ce 25 novembre, journée internationale contre les violences sexistes et sexuelles, elles ont décidé qu'elles ne voulaient plus attendre. "À force de voir les mois passer, on se demande si celui qui nous a fait du mal n'est pas protégé, si on lui dira quelque chose un jour. J'en ai marre. Je suis sous anti-dépresseurs. Cette histoire m'a vraiment fragilisée", lâche Anaïs. Les faits se déroulent dans plusieurs gares SNCF de Bourgogne Franche-Comté entre 2016 et 2020. 

Honte, dégoût et culpabilité des victimes 

La jeune femme raconte avoir subi pendant quatre ans les remarques, suggestions, et même le chantage d'un de ses collègues. Toujours au sujet de sa poitrine, comme une obsession. 

"Il me disait : 'Allez je peux toucher ? Soulève ton tee-shirt, s'il te plaît. ça gonfle dans mon pantalon'. C'était dès que je le croisais, une à deux fois par semaine. Je suis passée par plusieurs stades : la honte, le dégoût et même la culpabilité. Je ne savais pas qu'il y avait d'autres victimes". 

Mais alors qu'Anaïs finit par sortir du silence, les langues se délient et ce sont 7 victimes du harceleur présumé qui sont identifiées et livrent leur témoignage : plusieurs salariées de la SNCF, mais aussi une femme de ménage d'une société prestataire de services et même une passagère du réseau. France Inter en a contacté certaines. Les récits sont atterrants. Elles racontent cette focalisation permanente sur les "seins, les fortes poitrines", l'incapacité à regarder dans les yeux, des mains posées par surprise sur les hanches, des remarques déplacées à répétition, des reproches lorsqu'une femme ne rit pas à une blague sexiste, et une usurpation de téléphone portable à la recherche de "photos coquines". 

Un dossier qui traîne ?

"On a énormément de témoignages. On ne comprend pas pourquoi le dossier est instruit avec tant de lenteur et même, je dirais, de mépris" lâche Raphaëlle Manière, cheminote, collègue de certaines victimes, et très engagée au sein du collectif femmes mixité de la CGT.  Il y a 6 mois, le syndicat dépose pourtant un droit d'alerte auprès de la direction de la SNCF Bourgogne-Franche Comté. 

"L'enquête a mis du temps à démarrer. Les victimes n'ont pas toutes été entendues à ce jour, et pour celles qui l'ont été, cela ne s'est pas toujours fait avec une attitude très empathique".

"Lors de mon entretien, à certains moments on aurait cru que c'était moi la coupable et lui (le harceleur présumé) la victime", acquiesce Anaïs.

"Ce monsieur est toujours en poste, avec une mise à pied conservatoire et des aménagements, mais il est au travail, alors que les victimes, elles, pour certaines sont en arrêt chez elles", s'indigne Raphaëlle Manière : "Il manque un protocole, il n'y a pas non plus de référent.es harcèlement sur cet établissement régional, signe du manque de volontarisme de l'entreprise sur cette question. Pourtant la SNCF, sur d'autres dossiers, a pu réagir beaucoup plus énergiquement." Le syndicat demande par ailleurs la mise en place d'un plan de prévention régional contre le sexisme et les violences sexuelles. 

Sollicitée, la direction de la SNCF affirme que l'enquête interne en question vient tout juste de s'achever, et qu'un conseil de discipline se tiendra prochainement : "Il identifiera les écarts au regard notamment du code de déontologie et pourrait décider de sanctions", précise un communiqué.

À l'occasion du 25 novembre, une pétition est lancée par plusieurs ONG et syndicats pour demander à la France de ratifier, conformément à ses engagements, la convention 190 de l'Organisation Internationale du Travail, pour plus de prévention et de protection des victimes de violences sexuelles au travail.