#BalanceTonMetro nouveau hashtag lancé mercredi dernier par les collectifs "Nous toutes" et "les effronté.es", il relaie des témoignages de victimes d'agressions sexuelles et sexistes dans les transports en commun. Les témoignages affluent d’Île de France, mais aussi de grandes villes françaises.

Myriam distribue des cartes aux hommes trop insistants
Myriam distribue des cartes aux hommes trop insistants © Radio France / Béatrice Dugué

Myriam a 26 ans, elle est proche des Effronté.es, collectif féministe. Elle habite dans le Nord-Est de Paris, elle utilise les transports en commun d'Ile de France - métro et bus - depuis qu'elle est adolescente. Elle milite aujourd'hui contre le harcèlement, le sexisme et les violences sexuelles. 

France Inter : quand avez-vous subi votre première agression dans les transports en commun ? 

Myriam : "Ces agressions je les vis depuis l'âge de 13 ou 14 ans, depuis que j'ai commencé à prendre les transports toute seule. La chose la plus traumatisante qui me soit arrivée, remonte à un soir où je rentrais du collège. Il faisait nuit. Un homme d'une trentaine d'années m'a suivie, il m'a rattrapée quand je suis descendue à mon arrêt et il m'a proposé de monter chez lui. Depuis, on m'a déjà embrassée de force dans le bus. Je ne compte plus les mains aux fesses aux heures de pointe, les mecs qui se frottent, qui vous suivent, qui vous insultent, ou pire, vous insultent si vous ne répondez pas, ou ne leur donnez pas votre prénom. Ces choses-là arrivent tout le temps."

Passer une certaine heure dans le métro c'est rude

"Ça fait des années que nous les filles, nous disons 'je ne veux pas rentrer toute seule', 'je vais changer de trajet'. 'Je prends un taxi ou un Uber quitte à grever mon budget', parce que nous savons que dans le métro, passé une certaine heure, c'est rude. Mes amies ont quasiment toutes vécu des expériences désagréables. On se les raconte entre nous et on essaie de se rassurer comme on peut. On vérifie que chacune est bien rentrée à la maison les soirs où on sort. En revanche les copains, les frères nous disent 'oh mais non t'exagères, moi je le prends le métro, il ne m'arrive jamais rien !' Evidemment qu'il ne leur arrive rien. Ils ne sont pas des FEMMES."

Est-il arrivé que les reproches vous soient adressés à vous, que votre tenue, par exemple, vous soit reprochée ?  

"C'est quelque chose qu'on apprend aux filles. Ma mère me disait tout le temps par exemple : 'ne mets pas cette jupe, elle est courte'. Donc c'est à nous d'adapter notre tenue, de ne pas sortir tard le soir, comme si l'espace public appartenait uniquement aux hommes à partir  d'une certaine heure. Comme si que c'était à nous de faire en sorte de ne pas être agressées. Mais non ! C'est à eux de ne se tenir. C'est à eux qu'on doit dire aujourd'hui 'n'agresse pas les femmes !'"

Pas besoin de leur opinion sur nos corps

Est ce que vous répliquez aux agresseurs ? 

"Aujourd'hui oui. Parfois je prends le temps d'argumenter 'Non je ne suis pas là pour TON plaisir'. J'ai même imprimé des messages sur des cartes que je leur distribue. Un coup c'est 'mon corps n'a pas besoin de ton opinion' un autre c'est 'non c'est non' quand je leur ai dit trois fois non et qu'ils insistent. Mais c'est dur à faire. Pendant des années, je faisais comme la plupart des filles : un petit sourire gêné, et la sortie en espérant que le gars ne va pas vous suivre et insister. J'en ai marre à vrai dire. Ça n'est pas à nous d'avoir honte, ça n'est pas à nous d'avoir peur et d'adapter notre comportement. Ils doivent comprendre aujourd'hui que ça n'est pas NORMAL ! Nous n'avons pas à subir ça, dans les transports en commun comme ailleurs. Nous devons être RESPECTÉES."

Anaïs Leleux, une militante de "Nous toutes", vient de porter plainte contre la RATP à Paris *. Vous comprenez ? 

"Evidemment, elle a été une fois de plus agressée, suivie et collée par un homme sur l'escalator puis son strapontin. Elle a voulu appeler sur une borne, mais personne n'a répondu. Elle a du fuir parce que l'homme la suivait. Le système actuel de la RATP n'est pas adapté à ces situations. Elle répond juste qu'il faut porter plainte, sauf que pour une agression sexuelle dans le métro, la plainte a peu de chances d'aboutir. La RATP doit garantir notre sécurité. Elle pourrait aussi former mieux ses agents pour nous recevoir, au lieu qu'ils minimisent les faits quasiment à chaque fois. Elle pourrait mettre plus d'agents dans les rames le soir peut-être. Et installer une ligne de téléphone dédiée, pour les victimes."

* Anaïs Leleux attaque la RATP en responsabilité civile, après avoir subi donc une nouvelle agression sexuelle. Elle entend ainsi obliger la RATP à garantir la sécurité des voyageurs notamment féminins.

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