Témoignage exclusif - Mehdi, ancien adjoint de sécurité dans un commissariat du Val-d'Oise, affirme avoir subi des remarques discriminantes en raison de ses origines maghrébines. "Déçu", il a fini par quitter l'institution.

Mehdi, dans les locaux de France Inter mardi 16 juin.
Mehdi, dans les locaux de France Inter mardi 16 juin. © Radio France / X. D.

C'est un témoignage édifiant, qui vient renforcer les accusations de racisme portées contre la police : à France Inter, Medhi*, jeune français aux origines familiales maghrébines, pas encore la trentaine, explique avoir été discriminé par certains de ses collègues, alors qu'il était tout jeune adjoint de sécurité dans un commissariat du Val-d'Oise (Île-de-France). Il raconte les insultes ("bougnoule, racaille, arabe de service"), les accusations ("un flic arabe est forcément un flic douteux"), et en conclut que s'il n'est pas gardien de la paix aujourd'hui, "c'est sûrement à cause de ses origines maghrébines". 

"Arabe, bougnoule, racaille..."

Les faits se déroulent il y a plus de cinq ans, avant même le contexte anti-terroriste de la période post-attentats de 2015. "Quand je suis arrivé en école de police, tout s'est bien passé, c'était bon enfant", raconte Mehdi. "Mais, arrivé sur le terrain, c'était complètement différent". Lors de sa première affectation dans le Val-d'Oise, il explique avoir été victime de blagues racistes, de "piques" qui usent et qui blessent "à force de les entendre tous les jours".

"J'étais l'arabe de service qui, forcément, donnait des informations aux dealers de la commune du commissariat alors que je n'avais jamais mis les pieds dans cette commune avant mon affectation", regrette-t-il. "Mon chef de brigade me disait qu'il avait assez d'ancienneté dans la police pour savoir que j'étais 'un bâtard de banlieue'".

"Entendre l'arabe, bougnoule, racaille... Quand on a 19 ans et qu'on entre dans une institution comme celle-là, on prend un coup et on se demande où l'on est tombé."

"Des brebis galeuses qui salissent cette institution"

Son ressenti est simple : pour certains collègues, "un flic arabe est forcément un flic douteux", qui connait les délinquants et est en contact avec eux. Mehdi raconte le tutoiement de ses interlocuteurs, plus courant avec lui qu'avec les autres collègues, les insultes homophobes contre ses collègues (un binôme du commissariat étant par exemple surnommé "la brigade des tapette") et des contrôles au faciès ("Aujourd'hui je ne vais contrôler que des femmes voilées"). Il nous précise d'ailleurs qu'il a effectué un signalement à l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN). 

"Si je ne suis pas gardien de la paix, c'est surement à cause de mes origines maghrébines", conclut le jeune homme. Mais il tient à préciser : "Le racisme dans la police, ce n'est pas la majorité des policiers. Il y a des brebis galeuses qui salissent cette institution et aujourd'hui on fait l'amalgame. La police n'est pas raciste, il y a des policiers qui sont racistes."  

"J'ai lâché, je suis déçu"

"Grâce à une formation", Mehdi réussit à changer de commissariat. Toujours dans le Val-d'Oise, mais le climat y est bien différent.

Histoire dans l'histoire, Mehdi est accusé, quelques mois plus tard, d'arnaque à l'assurance : une boutique, que possède l'oncle de son meilleur ami, est incendiée. Le jeune homme est suspecté d'avoir organisé l'incendie. Mis en examen, suspendu de ses fonctions, l'enquête finit par l'innocenter. Mais tandis qu'il passe (et réussit) le concours pour être formé comme gardien de la paix, on lui refuse son agrément car on lui reproche, lors d'une enquête de moralité, d'être "connu des services de police" pour ces faits. 

Engagé dans une bataille judiciaire et administrative qu'il a fini par abandonner, Medhi travaille désormais dans une entreprise de transports et a laissé de côté, à regret, son ambition de devenir policier : "J'ai lâché, je suis déçu, je n'y arrive plus." 

*À la demande de l'intéressé et pour préserver son anonymat, son prénom a été changé.

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