Au début, c'était uniquement les drogués qui utilisaient l'expression. Les drogués et certains malades, ceux qui ont des visions.

Si vous voyez des girafes bleues et que vous ne reconnaissez plus ni votre maison ni vos proches... Vous prenez votre copine pour la cafetière, vous lui appuyez sur le nez en lui demandant un petit crème avant de vous jeter aux pieds de votre lave-vaisselle, auquel vous expliquez votre soudain coup de foudre. Bref, si tout cela vous arrive, c'est que vous êtes en plein trip et là, vous pouvez sans conteste affirmer: « J'hallucine ». Un terme qu'a entendu également la petite Bernadette Soubirous, la première fois qu'elle a dit qu'une dame en blanc lui était apparue. Les autres, évidemment, n'ont pas voulu la croire. « La petite, elle hallucine », a déclaré son père. La mère de la petite Jeanne a d'ailleurs dit pareil, lorsque sa fille a eu des voix. Je crois qu'elle s'appelait Mireille, la maman de Jeanne d'Arc, non ? En tout cas, quand les journalistes utilisent ce mot-là, ce n'est jamais pour dire qu'ils ont vu la vierge ou qu'ils vont se pacser avec le lave-vaisselle: c'est simplement pour signaler un moment de surprise, voire de stupéfaction. Quelque chose qui dépasse l'entendement, quelque chose d'inimaginable. Par exemple quand Ben Johnson a battu le record du 100 mètres. 9 secondes 79: « c'est une vitesse hallucinante », a d'abord applaudi la presse, avant que le champion ne soit convaincu de dopage. Idem lorsque Richard Virenque a décroché le maillot à poids sur les sommets du Tour de France. « C'est un grimpeur hallucinant », a d'abord applaudi la presse, avant que ledit grimpeur ne soit, lui également, convaincu de dopage. Lorsqu'on entend parler d'une performance « hallucinante » dans le domaine sportif, excepté bien évidemment, quand il s'agit de Janie Longo, on peut donc d'emblée se demander où est planquée la drogue. Mais dans les autres circonstances, ne serait-ce pas uniquement pour se donner un genre ? L'autre jour, par exemple, au déjeuner, chez ma grand-mère, quand ma cousine nous a décrit la soirée d'anniversaire d'une amie. « Une débauche de moyens hallucinante, elle nous a dit. Du champagne à gogo et des gogos dancers ! C'était hallucinant ! Et au dessert vous savez qui est sortie du gâteau ? Mireille Darc ! Je vous jure j'ai halluciné ! » Là, ma grand-mère a demandé à ma cousine pourquoi elle disait « halluciner » dans toutes ses phrases. « Est-ce parce que l'existence n'a pour toi d'intérêt que dans le délire ? Ou est-ce parce que ton quotidien est tellement ennuyeux et fade que tout ce qui est un peu festif tient pour toi de l'extraordinaire ? » « J'en sais rien pourquoi j'hallucine », elle lui a rétorqué. « C'est à l'insu de mon plein gré ! ». Puis elle s'est resservie des champignons...

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