Jacqueline Sauvage, condamnée à une peine de prison pour le meurtre de son mari violent, avait été graciée par le président François Hollande. "Son parcours a permis à la société française d'imaginer ce que pouvait être une vie émaillée de violences", réagit son avocate sur France Inter.

Jacqueline Sauvage en 2016.
Jacqueline Sauvage en 2016. © Maxppp / Philippe Renaud

Elle avait été érigée malgré elle en symbole de la lutte contre les violences conjugales. Jacqueline Sauvage, graciée par François Hollande alors qu'elle purgeait une peine de prison pour le meurtre de son mari violent, est décédée le 23 juillet à son domicile de La Selle-sur-le-Bied (Loiret) à l'âge de 72 ans, et inhumée en toute discrétion ce mardi. Pendant 47 ans, Jacqueline Sauvage avait subi les violences quotidiennes de son mari.

Jacqueline Sauvage avait été reconnue coupable, en première instance comme en appel, d'avoir tué son mari de trois coups de fusil dans le dos en 2012, après 47 ans d'enfer conjugal. Lors de l'audience, ses trois filles avaient témoigné fortement à charge contre leur père.

La demande de remise en liberté de Jacqueline Sauvage avait été rejetée à deux reprises. Pour les magistrats, Jacqueline Sauvage n'exprimait en effet aucun regret sur le geste meurtrier qu'elle avait eu et qui lui avait valu une condamnation à 10 années de réclusion criminelle. Ses avocates, elles, plaidaient la légitime défense.

"Elle adopte un rôle exclusivement victimaire", avait conclu la Cour d'appel. "Sa réflexion demeure pauvre et limitée, sans prise de conscience de la gravité de son meurtre, le travail psychologique engagé sur ce terrain ne sera fructueux que sur le long terme."

Comité de soutien et pétition

La demande de grâce présidentielle, formulée par ses filles, avait été appuyée par de nombreux parlementaires et personnalités. Une pétition "Libérez Jacqueline !" avait ainsi recueilli plus de 400.000 signatures. Une mobilisation qui avait commencé dès la condamnation en appel.

Un comité de soutien, présidé par la comédienne Éva Darlan, avait exhorté "solennellement" le président Hollande de la "libérer, en lui accordant la grâce totale et immédiate" :

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Grâce présidentielle

La grâce présidentielle accordée fin 2016 à Jacqueline Sauvage reste l'un des moments marquants du quinquennat de François Hollande :

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Le chef de l'État estimait que la place de Jacqueline Sauvage n'était plus en prison mais auprès de sa famille. Il lui avait déjà accordé une grâce partielle en début d'année, mesure qui avait permis à Jacqueline Sauvage de pouvoir demander une remise en liberté, refusée par le tribunal de Melun.

François Hollande évoque cette grâce au micro de Pierre Emparan : "C'était une décision difficile, se souvient le président, parce que deux cours d'assise avaient condamné Jacqueline Sauvage. [...] Je n'étais pas favorable en principe à la grâce, parce que je considère que ce n'est pas au président de rendre la justice. J'étais devant le dilemme suivant : soit de confirmer les décisions de justice, soit tenir compte d'une situation certes personnelle, mais aussi symbolique, celle des violences faites aux femmes."

Le 6 janvier 2017, à sa sortie de prison, Jacqueline Sauvage revenait en ces mots sur le plateau de France 2 sur l'annonce de sa libération : "La gradée m'a dit 'vous n'avez pas entendu ce que l'on vient d'annoncer ?', 'non non pas du tout, qu'est-ce qu'il se passe ?', 'bah voilà : vous êtes libre' [...] J'ai levé les bras au ciel, et j'ai dit merci, merci. Je remercie beaucoup monsieur Hollande, parce que monsieur Hollande a écouté mes filles, c'est un homme humble".

"Jacqueline a fait partie de ma vie"

Nathalie Tomasini, l'une de ses avocates, réagit sur France Inter : "Je suis bouleversée [par sa mort]. Le mot est même faible. Je suis choquée, très, très triste par ce qu'il faut savoir que Jacqueline a fait partie de ma vie, tout simplement. C'est une personne avec qui on avait réussi à nouer des liens de confiance, presque d'amitié", confie-t-elle. "Aujourd'hui, elle nous quitte dans un souffle, sans bruit, alors que sa résistance a mobilisé tout un pays et dans un chaos retentissant. Et c'est tout le paradoxe."

"Elle a éveillé les consciences. Son parcours a permis à la société française de comprendre, d'imaginer ce que pouvait être une vie émaillée de violences" -Maître Tomasini

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