Le 1er novembre commence la trêve hivernale : cinq mois de répit pour les locataires en situation d'expulsion. Mais tous n'ont pas obtenu ce délai. Jacques Gary, 65 ans, vit à l'hôtel depuis qu'il a été chassé de son logement début octobre. Malgré la loi DALO qui garantit un relogement avant expulsion.

Les locataires ne pourront être expulsés entre le 1er novembre et le 31 mars
Les locataires ne pourront être expulsés entre le 1er novembre et le 31 mars © Maxppp / Baziz Chibane

C'est une échéance particulièrement connue des propriétaires et locataires, redoutée par les uns ou les autres. Ce mercredi, commence la trève hivernale. A partir du 1er novembre et jusqu'au 31 mars 2018, la loi suspend toute expulsion de locataire. Deux exceptions toutefois : l'expulsion reste possible si un relogement adapté est prévu pour le locataire et sa famille, ou si les locaux font l'objet d'un arrêté de péril.

Pour éviter de se retrouver bloqués par cette contrainte légale, de nombreux propriétaires s'activent pour chasser leurs locataires expulsables. Conséquence : on compte de plus en plus d'expulsions selon le DAL, l'association Droit Au Logement. L'an dernier, on en dénombrait 15 000, soit 1 000 de plus que l'année précédente.  Celles-ci concernent surtout les classes moyennes et les retraités qui ne parviennent plus à joindre les deux bouts. 

Obligé de dormir à l'hôtel après son expulsion

C’est le cas de Jacques Gary, un scénariste de 65 ans. Il se raconte son expulsion, le cinq octobre dernier au matin. "Je me suis fait réveiller par un énorme vacarme, raconte-t-il, attablé à la terrasse d'un café. Je vais ouvrir la porte, j'ai une espèce de flamme qui m'agresse, c'était tout simplement le chalumeau du serrurier qui découpait la serrure".

Il m'a dit : Monsieur, laissez la porte ouverte, habillez-vous et partez !

Depuis, Jacques dort à l'hôtel. Il ne peut y recevoir de visiteurs. Aujourd'hui au RSA, Jacques n'a pas toujours connu cette situation précaire. Autrefois il gagnait beaucoup d'argent, qu'il dépensait sans vraiment compter. Tout a basculé lorsqu'un projet de film qu'il devait réaliser a capoté, lâché par les producteurs qui se sont retirés un à un. 

Ensuite, la dégringolade : "Je me suis retrouvé dans une situation où je ne pouvais même pas payer un loyer, confie Jacques. Je ne pouvais même pas demander d'aide au logement puisque la propriétaire ne déclarait rien. Je lui ai donc suggéré de me menacer d'expulsion, j'espérais que ça allait faire bouger le logement social et que j'allais pouvoir trouver quelque chose". 

Il devait être relogé avant d'être chassé  

Mais ce qui ressemblait à une porte de sortie pour Jacques s'est finalement transformé en impasse. Mauvais calcul : il est expulsé de son logement le cinq octobre. Il est pourtant prioriaire DALO, Droit au Logement Opposable, une loi censée lui garantir une solution de relogement avant expulsion. Entre deux cigarettes, Jacques s'interroge: "J'exagère mais je me demande s'il ne faut pas abroger la loi. Elle donne des illusions à ceux qui pensent que, ça y est, ils sont tranquilles, ils vont pouvoir être relogés. Ils sont quand même expulsés, et ça c'est terrible".  

Jacques n'est pas le seul "naufragé du DALO". 57 000 ménages attendent toujours, eux aussi, d'être relogés. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.