[scald=46865:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Absent pour raisons médicales, Jacques Chirac a nié vendredi par procuration avoir commis une faute et s'est présenté en homme de principes, au dernier jour de son procès pour détournement de fonds publics.

Son avocat Jean Veil, qui a entamé les plaidoiries à cette audience au tribunal de Paris visant 28 emplois présumés fictifs à l'Hôtel de ville entre 1992 et 1995, a lu une déclaration de l'ancien président.

La défense plaide la relaxe et le tribunal devait mettre son jugement en délibéré dans la soirée, sans doute jusqu'à début 2012. Retardé par l'immunité présidentielle, ce procès a attendu près de 15 ans.

Tout en affirmant avoir voulu venir à ce procès historique, le premier d'un ancien chef d'Etat, Jacques Chirac a évité la comparution personnelle, grâce à un argument de procédure en mars dernier, puis par un certificat médical privé transmis au tribunal début septembre, deux jours avant le procès. Il encourt toujours en théorie jusqu'à 10 ans de prison.

Les juges l'ont dispensé d'être présent, sur la base de conclusions médicales faisant état de problèmes de mémoire et "d'importantes erreurs de jugement et de raisonnement".

Selon la déclaration lue, Jacques Chirac avait prévu de dire aux juges en mars : "Citoyen comme un autre, je me présente devant vous qui statuez au nom du peuple français (...) Ce rendez-vous est nécessairement un instant politique. Par-delà les blessures et l'épreuve, il me faut l'assumer comme tel".

Jacques Chirac assure dans ce texte qu'il se réjouit du procès : "Il donne tort aux démagogues qui soutiennent que dans notre pays, la justice serait sévère aux faibles et complaisante aux puissants".

"NI FAUTE MORALE NI FAUTE PENALE"

Il défend sa personne : "Je veux que les Français sachent qu'il n'y a pas deux Chirac, l'un des soi-disant arrangements et l'autre de l'engagement d'une vie consacrée à la grandeur et à la cohésion de la France. Il n'y a qu'un homme fait d'un bloc de chair, de sang et de principes."

Jacques Chirac conteste dans ce texte l'existence d'un "système" de détournement de fonds à l'Hôtel de ville et dit assumer la responsabilité entière de l'affaire en dédouanant ses subordonnés.

"Il n'y a ni système ni enrichissement personnel, je n'ai rien fait qui soit contraire à la probité et l'honneur. J'affirme n'avoir commis aucune faute, ni pénale, ni morale."

Pour le reste, Jacques Chirac reprend les arguments avancés à l'instruction, où, s'il reconnaissait à mi-mot avoir utilisé les fonds publics parisiens pour assurer son cumul de fonctions - député, président du RPR, Premier ministre entre 1986 et 1988, maire, conseiller général -, il parlait de pratiques légales.

Le financement des partis aurait été entouré d'un certain flou législatif aux yeux de Jacques Chirac et la gauche aurait aussi failli, ce qui relativiserait selon lui le problème.

Me Jean Veil a ensuite plaidé sur chacun des 28 emplois litigieux, qu'il a justifiés de diverses manières.

Le collaborateur de la cycliste Jeannie Longo embauché ? "Le cyclisme à Paris, c'est pas un truc idiot". L'employé corrézien gérant les demandes de places en crèche ? "Un chef de gare à la gare de triage". Les employés qui travaillaient à la campagne présidentielle de 1995 dans des locaux privés ? "Il n'y avait plus de locaux à l'Hôtel de ville".

Jacques Chirac a l'appui du parquet, qui a requis mardi une relaxe générale en estimant que les 28 emplois visés étaient réguliers et que leurs titulaires avaient réellement travaillé.

Il n'y a plus de plaignant principal dans l'affaire, Jacques Chirac ayant obtenu le retrait de la partie civile de la Ville de Paris en remboursant 500.000 euros, même s'il nie toute faute, tandis que l'UMP payait 1,7 million.

Le tribunal peut cependant statuer comme il l'entend, notamment en s'appuyant sur les débats à l'audience et le dossier d'instruction, qui a conclu que les emplois offerts, notamment à des proches ou à leurs épouses, n'avaient aucun intérêt pour les Parisiens.

Edité par Yves Clarisse

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