À Tokyo, une école de médecine a modifié, pendant plusieurs années, les notes des concours d'admission des candidates pour limiter le nombre de femmes parmi les élèves. C'est ce qu'a révélé un journal japonais, ce jeudi. Mais au Japon le sexisme est présent dans toutes les sphères de la société.

L'école de médecine a baissé les notes des filles pour maintenir le pourcentage d'admissions des étudiantes autour de 30%
L'école de médecine a baissé les notes des filles pour maintenir le pourcentage d'admissions des étudiantes autour de 30% © AFP / YOSHIKAZU TSUNO

"Les femmes renoncent souvent à être médecin une fois qu'elles sont mariées et qu'elles ont des enfants". Voilà l'explication qui a été donnée pour justifier la falsification des notes. C'est une source anonyme qui a témoigné auprès du journal Yomiuri Shimbun qui a révélé cette affaire. En 2010, l'école de médecine a constaté une hausse du nombre de femmes reçues à l'examen d'entrée. L'année d'après, en 2011, elle a décidé de baisser les notes des tests d'entrée des candidates pour maintenir le pourcentage d'admissions des étudiantes autour de 30 %.

Les femmes japonaises sont, en général, très instruites mais à cause des habitudes de travail dans le pays, elles arrêtent souvent leur carrière lorsqu'elles fondent une famille : trop d'heures de travail supplémentaire et fort risque de surmenage. Par ailleurs, en raison de la pression que vivent les salariés du milieu hospitalier et des longues heures de travail, "il y a un consensus au sein de l'université selon lequel les médecins hommes sont d'un plus grand soutien pour l'hôpital universitaire", confie cette même source.

Du sexisme jusque chez les parlementaires

Un comportement envers les femmes qui traverse toute la société japonaise. Les parlementaires du parti du Premier ministre, Shinzo Abe, ont tenu, en mai dernier, des propos sexistes envers les femmes. Koichi Hagiuda, membre du Parti libéral démocrate (droite) soutenait ainsi que "les enfants ont besoin d'un environnement où ils peuvent rester avec leur mère (…) Si vous demandez aux enfants de moins de trois ans quel parent ils préfèrent, la réponse a toutes les chances d'être 'maman', même s'il n'y a pas de statistiques le prouvant."

Le taux de natalité est en chute libre au Japon. Il s'établit à 1,4 enfant par femme alors que le seuil de renouvellement est fixé à 2,1 enfants par femme. L'année dernière, 941 000 bébés sont nés. Ce nombre est le plus faible enregistré depuis 1899, date à laquelle le pays a commencé à tenir des statistiques dans ce domaine. Les enfants ne représentent aujourd'hui que 12,3% de la population. 

Ces chiffres constituent un argument fort pour ceux qui affirment que la femme doit rester à la maison pour procréer et élever les enfants. Ainsi un autre parlementaire du Parti libéral démocrate, Kanji Kato, a déclaré que "les jeunes couples doivent donner naissance à trois enfants au moins, pour le bien de la nation."

Suite à ces déclarations de la part d'hommes politiques, nombreuses ont été les réactions. Tetsuya Ando, fondateur de l'orgnanisation Fathering Japan et lui-même père de trois enfants s'est révolté : 

Il est inacceptable de dire que les enfants de moins de trois ans aiment plus leur mère que leur père. Ce genre de propos incite les mères à rester à la maison et obère le droit des pères d'élever les enfants. 

Sumire Hamada, du Centre de ressources pour les femmes Asie-Japon s'est, elle aussi, indignée : 

Quid des promesses du gouvernement de construire une société où les hommes peuvent participer à l'éducation des enfants ? C'est contradictoire et je suis sûre que beaucoup de pères ont été révulsés par les remarques grossières [de M. Haguida].

Les propos sexistes tenus par des parlementaires sont en total décalage avec l'objectif affiché du gouvernement de promouvoir l'insertion professionnelle des femmes et d'inciter les hommes à participer davantage à l'éducation des enfants. 

Du sexisme sur le ring

Le sexisme se fait ressentir jusque dans le milieu sportif et dans le monde du sumo particulièrement dont les origines remontent à plus de 2 000 ans. En avril dernier, l'Association japonaise de sumo a demandé aux organisateurs d'événements sportifs d'exclure les filles. Cette exclusion a été justifiée par des "questions de sécurité" a expliqué une porte-parole de l'Association. Et d'ajouter : "Les filles peuvent réagir différemment en cas de blessures. Ce n'est pas une décision abrupte. Cela fait longtemps qu'on nous rapporte des cas de blessures d'enfants." 

L'accès au ring, considéré comme un lieu sacré, est interdit aux femmes jugées "impures".
L'accès au ring, considéré comme un lieu sacré, est interdit aux femmes jugées "impures". © AFP / TAKUMI HARADA / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN

Selon une étude de 2016, menée par le gouvernement, 40 % des Japonais, hommes et femmes, sont d'accord avec l'idée que "les femmes doivent garder le foyer pendant que les hommes travaillent."

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