« Le vieux Gaulois » n’a jamais gagné le Tour. Pourtant Eugène Christophe fait partie intégrante de la légende de la course. Par sa longévité, mais aussi par sa combativité et sa gouaille, il a gagné sa place au Panthéon des cyclistes. Il est mort en 1970, à l’âge de 85 ans.

les vélos d'Eugène

Ouvrier serrurier de formation, Eugène Christophe est resté toute sa vie épris de technologie.Et loin d’être un nostalgique, il appréciait tous les progrès technologiques, surtout quand il se remémorait les machines de ses débuts, sur lesquelles pourtant, il couvrait des étapes d’une longueur totalement inconcevable aujourd’hui.

1906, son premier Tour

Entre 1906 et 1925, Eugène Christophe a participé à 11 Tours. Il aurait pu en courir beaucoup plus sans l’interruption due à la guerre entre 1915 et 1919.Il avait commencé sa carrière professionnelle en 1903, date du premier Tour de France, mais c’est en 1906 qu’il s’est pour la première fois aligné au départ. Avec des moyens qui ne l’autorisaient guère à prétendre jouer les premiers rôles.

1911 : à l'assaut de la haute montagne

Pour la première fois, les « forçats de la route » se confrontent à la très haute montagne.

Le point culminant du Tour était le col du Galibier, avec son tunnel sommital naturellement effrayant par son obscurité avant la bascule dans une pente de 7% en moyenne, avec des passages à 12%.Malgré la poids des vélos de l’époque, les descentes étaient le moment le plus redouté par Eugène et les autres pionniers de la course.

1913 : la forge de Sainte-Marie-de-Campan

Outre sa longévité exceptionnelle, Eugène Christophe est resté dans l’Histoire du Tour pour une de ces histoires qui forgent les légendes : réputé bon grimpeur, il est le favori de la sixième étape entre Bayonne et Luchon, avec les franchissements de plusieurs cols dont l’Aubisque et le Tourmalet.C’est au sommet de ce géant des Pyrénées qu’il est renversé par une voiture. Eugène se retrouve sur le bas-côté, fourche faussée, sans assistance. Il va descendre à pied, portant et poussant son vélo jusqu’au village de Sainte-Marie-de-Campan (plus de 10 kilomètres) et utiliser son savoir faire d’ancien serrurier pour activer la forge du village, remettre sa bicyclette en état de marche et terminer avec 2 heures 50 de retard sur le Belge Philippe Thys, vainqueur de l’étape, qui s’imposera à Paris.

Eugène Christophe est alors le favori de tous. L’accident se produit en pleine nuit, peu après le sommet du Tourmalet, dans le virage du Broussé : il est renversé par une voiture. La fourche de son vélo est brisée. Le vélo sur l’épaule, il dévale les pentes du Tourmalet à la recherche d’une forge. Il parcourt plus de dix kilomètres […]. Seul, ainsi que veut le règlement, actionne le soufflet pour réanimer les braises. Avisant une pièce de métal, il réduit son épaisseur à 18 millimètres en limant tant et plus. "Les Merveilleuses histoires du Tour de France" de Jean-Paul Brouchon (Jacob-Duvernet, 2004)

1919, maillot jaune

En 1919, Henri Desgrange, l’inventeur du Tour décide que les spectateurs doivent pouvoir identifier facilement le leader de la course. D’où l’idée d’un maillot distinctif. Pour la couleur, rien de plus facile : le journal organisateur, L’Auto, est imprimé sur du papier jaune : le maillot du premier du classement sera donc jaune. Et le premier porteur sera Eugène Christophe. Il l’abandonnera au Belge Firmin Lambot vainqueur final.Pourtant à chaque grande occasion, longtemps après sa retraite, il ne sortait pour assister à un évènement cycliste, que vêtu de la glorieuse tunique, comme ici en 1965.

### les années 50 Le vélo conserve, c’est bien connu.Et Eugène Christophe en a été l’illustration la plus éclatante : une carrière qui a enjambé la Grande guerre, commencée en 1903 et terminée en 1926, il est resté jusqu’à sa mort en 1970 licencié à son club de toujours, l’Etoile Sportive de Malakoff. Et il ne manquait jamais une occasion de renouer avec le monde de la course. Il était aussi un habitué des locaux du journal « L’Equipe ». > _Dans les années cinquante-cinq à soixante, [Eugène Christophe] passait souvent nous voir à l’Equipe, dans le bureau que j’occupais avec Jacques Augendre. Il venait tout le temps à vélo – un vélo de porteur de journaux ! Quand il pleuvait, il arrivait, dégoulinant de partout, avec un long imperméable. Nous lui faisions raconter son Milan – San Remo. C’était drôle parce qu’il avait encore ses facultés de colère. Nous le titillions avec Francis et Henri Pélissier. Il marchait à tous les coups !_ Entretiens de Christophe Penot avec Pierre Chany, l’homme aux 50 Tours de France
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