France Inter a rencontré cette quadragénaire dans sa chambre à l'hôpital Bichat, où elle a été admise vendredi dernier en difficulté respiratoire : "Je ne me voyais pas me lever. J’étais accrochée à mon lit, alitée, je n’arrivais pas à bouger. Je me disais 'ça y est, c’est fini' ", témoigne-t-elle.

Zoubida, 40 ans et testée positive à la Covid-19, a été admise vendredi à l'hôpital Bichat.
Zoubida, 40 ans et testée positive à la Covid-19, a été admise vendredi à l'hôpital Bichat. © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Quand on rentre dans sa chambre, au deuxième étage du Service des maladies infectieuses (Smit) de l'hôpital Bichat à Paris, Zoubida se redresse. Rajuste un peu la longue natte brune qui lui arrive au milieu du dos. Les gestes sont lents, précautionneux : "J’ai encore un peu de difficulté à respirer. J’essaie de parler un peu fort, je suis un peu faible. Mais ça va beaucoup mieux." Sans commune mesure avec l’épreuve qu’elle a traversée il y a quelques jours : "Je me suis dit 'ça y est, c’est fini pour moi' ", souffle-t-elle.

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La télésecrétaire, qui vit à Pantin, en Seine-Saint-Denis, ne sait pas quand exactement ni comment elle a attrapé la Covid-19. Certainement, dit-elle, "en vacances, dans le sud de la France, dans un parc aquatique, où on ne respectait pas les distances de sécurité." Une sortie qui date du 20 août. Une dizaine de jours après, un jeudi soir, Zoubida ressent les premiers symptômes. Un peu de fièvre. Une faible toux. Des courbatures, aussi. "C’est vrai que je suis asthmatique, mais je me disais que j'étais jeune, ça allait partir", présumait alors cette femme aux traits fins, aux 40 ans qui en paraissent 30. Mais le lendemain, les symptômes sont toujours là. Le surlendemain aussi.

"On m'appelle pour me dire que j'ai le Covid"

Dimanche, elle décide de se rendre chez son médecin traitant, qui lui dit "de ne pas s’inquiéter" : "Il m’a prescrit des médicaments, et m’a donné un test Covid à faire". Lundi matin, elle part se faire dépister, dans le 20e arrondissement de Paris et mercredi, "on m’appelle pour me dire que j'ai le Covid". Tout va alors très vite. Dès le lendemain, jeudi, elle a des difficultés pour respirer, "pas beaucoup d’oxygène dans le sang". Elle se présente vendredi à l’hôpital Bichat, qui la prend en charge immédiatement.

Au moment d’évoquer ce souvenir, Zoubida, assise au bord du lit, frotte nerveusement ses petites mains l’une contre l’autre. "Je me suis dit 'ça y est, c’est fini pour moi'. Je ne me voyais pas me lever. J’étais accrochée à mon lit, alitée, je n’arrivais pas à bouger. Je me disais 'ça y est, c’est fini' ", répète-t-elle. "C’est une maladie qui peut nous tuer." Si aujourd'hui elle va mieux, la quadragénaire se dit toujours très affaiblie. 

"Vous n’avez pas idée de comment c’est fatigant. Pourtant je suis tombée malade dans ma vie, mais comme ça non. C’est très, très fatigant. Je dors, je me réveille, je dors, je me réveille. C’est tout ce que je fais."

"Ce n'est pas un jeu, elle existe vraiment"

"Ce n’est pas un jeu, elle existe vraiment. J’ai cru qu’elle n’existait pas, elle existe vraiment." "Elle", comme si Zoubida avait soudain du mal à désigner par son nom cette maladie qui l'a clouée à un lit d'hôpital. Zoubida regrette de ne pas avoir été plus prudente, "c’est quelque chose de très grave, il faut faire très attention et porter un masque tout le temps." Regrette au point qu'elle estime qu'elle n'aurait jamais dû partir pour les congés d'été : "Je n’aurais pas dû voyager, j’aurais dû rester chez moi. Je ne l’ai pas dit à mon mari, mais c’est vraiment ce que je pense."

Son mari qui ne s'est toujours pas fait dépister, rapporte Zoubida, car "il n'a pas le temps". Ce dernier doit rester au domicile pour s'occuper de leurs deux très jeunes enfants, âgés de trois ans et demi et de 21 mois. Des enfants qui ne peuvent pas lui rendre visite, précautions sanitaires obligent. Elle discute quand même de temps en temps avec eux, sur WhatsApp. Au moment de les évoquer, la voix de Zoubida se serre. Comme si elle prenait conscience, à l'évocation de ses enfants, de la réalité de la maladie, de ce qu'elle vient de traverser, et de ce qui aurait pu se passer si elle n'avait pas été prise en charge à temps. "Je leur dis qu’ils me manquent et que maman va rentrer dans pas longtemps, parce qu’ils me manquent vraiment", lâche leur mère dans un sanglot pudique. "Et qu’elle a hâte de les prendre dans ses bras."