Le blues des blouses blanches, un an après le début de la crise sanitaire : 10 000 infirmiers et aides-soignantes auraient arrêté leur métier en 2020 d'après une étude de la fédération hospitalière de France.

10 000 infirmiers et aides-soignantes auraient arrêté leur métier en 2020 d'après  une étude de la fédération hospitalière de France.
10 000 infirmiers et aides-soignantes auraient arrêté leur métier en 2020 d'après une étude de la fédération hospitalière de France. © Getty / bymuratdeniz

Plus de 10 000 départs sans retour, retraites anticipées, démissions, renoncements, reconversions : ce chiffre en dit long sur la souffrance des soignants et sur l'incapacité des infirmières à poursuivre une carrière qui, pour bon nombre d'entre elles, est pourtant une vocation d'enfant.

Camille, Nantaise de 40 ans et mère de trois enfants a grandi avec cette ambition de soigner, de guérir, de réconforter. Son parcours était tracé, fléché sur les murs blancs de l'hôpital, son univers. "Depuis que je suis petite, je sais que je veux être infirmière ! J'ai fait mes études en fonction de ça. Après mon bac, j'ai eu la chance d'avoir le concours et j'ai pu enchainer, d'avoir mon premier boulot juste après avoir eu mon diplôme. Donc je travaille depuis mai 2003", décrit Camille.

"De voir mon métier d'infirmière se dégrader autant, pour moi ce n'était plus possible"

"Ça a été compliqué quand j'ai commencé à me rendre compte que ce n'était plus fait pour moi, je me suis demandé 'mais qu'est-ce que je vais faire après ?' Ce n'est pas le métier qui ne me plaisait plus, c'est comment on le faisait." Pour la quadragénaire, "la crise du Covid a servi de révélateur, car ce qui se passe n'est pas nouveau, mais ça a été amplifié avec la pandémie. J'adorais ce que je faisais en service de chimiothérapie mais je n'arrivais plus à faire mon métier comme je voulais le faire." 

Pour trouver sa nouvelle voie, Camille a fait un bilan de compétences : "Il m'a permis de m'orienter sur quelque chose qui me plait : je vais sortir de 8 mois de formation en tant qu'ouvrière horticole pour bosser en pépinière ou en fleuristerie pourquoi continuer avec un CAP de fleuriste car la création me plait énormément." 

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase

Pour rester dans le registre des fleurs et des bouquets, elle explique que le Covid a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase : la situation dans les hôpitaux était déjà compliquée avant mais la crise sanitaire a été un révélateur, un accélérateur du malaise, des difficultés du monde hospitalier. "Ça fait un moment que les conditions de travail et de soins se sont dégradées, détériorées. Ça a mis en avant des problèmes qui existaient avant." 

"On en parle davantage aujourd'hui, mais des infirmiers et des infirmières qui pleurent ca existait déjà avant."

Elle estime aussi qu'en abandonnant son métier, elle a permis d'alléger le quotidien de ses proches. "C'était compliqué pour mes proches, ma famille de me voir pas bien : je ne dormais plus, je rentrais à la maison avec tout ce poids sur mes épaules, je repartais le lendemain avec la boule au ventre"

Partie "avant le début de la guerre"

Même changement radical de vie pour Élodie, 37 ans, célibataire, ex-infirmière en psychiatrie. Elle est partie en février 2020 alors que la première vague de l'épidémie commençait à déferler sur la France "Je suis partie juste avant le début de la 'guerre'" admet-elle. Mes collègues m'ont dit après 't'as bien fait de partir'. J'avais vraiment besoin de faire une pause. Mais ma famille l'a mal vécu. Mes parents me disaient 'ta place est à l'hôpital !' Ils ne comprenaient pas, je les ai déçus en m'en allant" 

"Mais pour moi c'était trop. Je rêvais du boulot, la nuit j'étais au boulot et là je me suis dit stop !" 

"Quand on est dans le service, au front, on ne se rend pas compte que ça nous demande une énergie folle, d'être toujours dans la bienveillance, l'accompagnement, le soutien", explique Élodie. "Parce qu'on se retrouve avec des malades dans des états pas possible. On voudrait aider davantage nos patients mais on ne peut pas."

Elodie a déménagé, elle s'est installée à Concarneau dans le Finistère et elle teste de nouveaux boulots : elle a travaillé comme ouvrière dans une usine, puis six mois vendeuse en boulangerie et, maintenant, elle s'occupe du ménage dans des locations saisonnières.

43% des infirmiers ne savent pas s'ils continueront d'exercer leur profession dans cinq ans selon une étude de l'Ordre National des Infirmiers menée au mois de septembre dernier.

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