Depuis une semaine, le nombre de patients Covid augmente à nouveau au service de réanimation de l'hôpital de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Après un an de gestion de crise, et alors qu'une troisième vague semble se profiler, les soignants craignent de ne pas être suffisamment armés pour y faire face. Reportage.

Le service de réanimation de l'hôpital André Grégoire de Montreuil
Le service de réanimation de l'hôpital André Grégoire de Montreuil © Radio France / Rémi Brancato

"On sent que c'est de nouveau en augmentation, on s'attend à une autre vague. Aujourd'hui, on a fait deux entrées Covid de patients qui pour l'instant vont bien, mais qui peuvent décliner rapidement". Même si elle préfère ne pas se projeter, Julie Guillon ne se fait pas d'illusion sur les semaines à venir. Depuis quelques jours, l'arrivée de patients atteints par le Covid 19 s'accentue dans son service de réanimation à l'hôpital André Grégoire de Montreuil (Seine-Saint-Denis). 

Cette troisième vague potentielle, l'infirmière sait qu'elle viendra l'atteindre après d'autres épreuves, "un an de grosse fatigue qui s'accumule,  de congés pris très en retard", notamment. Son service a connu, depuis la première vague, des départs d'infirmières, d'aides soignantes et il faut désormais, en plus des soins, accueillir et former les nouveaux et nouvelles collègues. "Je suis épuisée" lâche la jeune femme sans détour, qui "n'écoute plus les infos". 

"On prend le travail comme il vient et on fera ce qu'on peut" (Julie, soignante en réa) 

Elle sait que, même si un troisième confinement est instauré, les renforts d'étudiants infirmiers ou aides soignants du printemps dernier, dont les écoles avaient fermé, ne seront pas de retour.

Un "plateau déjà élevé" de malades du Covid depuis l'automne

Cette solidarité, le docteur Vincent Das, en a été "ému". Le chef du service de réanimation se souvient de la mobilisation de "tous les acteurs pour tous travailler ensemble pour absorber le tsunami qu'a été la première vague". À l'époque, l'hôpital de Montreuil compte 200 patients Covid sur une capacité de 360 lits. "Des anciens médecins sont venus travailler ici, des gens qui devaient partis à la retraite" se souvient Vincent Das, qui sait qu'en cas de "troisième vague potentielle" ce ne sera pas le cas, "ou en tout cas pas en totalité"

"Cet élan de solidarité, on peut pas le faire en permanence, l'exceptionnel ne peut pas devenir la routine" estime-t-il, et "si la troisième vague est au niveau de mars, je suis inquiet quant à la capacité pour mon hôpital d'augmenter suffisamment les moyens pour pouvoir absorber cette surcharge". Car contrairement au creux connu à l'été dernier, depuis le deuxième confinement la pression n'est que peu retombée sur l'hôpital, qui compte en moyenne, depuis novembre, 30 à 40 patients Covid. 

Une partie de l'équipe du service de réanimation de l'hôpital André Grégoire de Montreuil
Une partie de l'équipe du service de réanimation de l'hôpital André Grégoire de Montreuil © Radio France / Rémi Brancato

"On est depuis plusieurs semaines sur un plateau, un niveau déjà élevé" résume Paul Chalvin, le directeur de l'établissement, "si ça reprend, comme on le voit depuis quelques jours, on aura peu de marge pour augmenter nos capacités". L'hôpital a déjà mis en place des renforts dans certains services et craint de devoir déprogrammer des activités, comme au printemps dernier et, dans une moindre mesure, lors de la deuxième vague. "On a vu lors de la première vague que les déprogrammations pouvaient avoir un effet en terme de santé publique très mauvais" alerte le directeur

Plus de fatigue et moins de moyens que lors de la première vague

Paul Chalvin sait aussi que les équipes sont beaucoup plus fatiguées qu'au printemps, face à une "gestion de crise" qui dure depuis un an et des efforts importants demandés, comme récemment la mise en place du centre de vaccination dans l'établissement. "Notre inquiétude, c'est de revivre quelque chose qui ressemble à la première vague, voire pire, et on sait qu'on n'a pas forcément les ressources au même niveau parce qu'il y a de la fatigue et qu'on ne pourra pas compter dans les mêmes proportions sur la solidarité qui avait joué à ce moment-là" détaille-t-il.

Les personnels font aussi face à l'incertitude. "Je ne sais pas si je peux accorder leurs vacances aux personnes qui devaient les prendre en février" détaille ainsi Vincent Das, "c'est une fatigue morale de ne pas savoir de quoi l'avenir est fait". Fatigue à laquelle s'ajoute l'inquiétude de devoir à nouveau faire face à un nombre importants de décès.

La crainte d'une vague encore plus forte en raison des variants

Car la présence de variants du virus dans la population, plus contagieux, lui fait craindre une forte propagation de l'épidémie dans les semaines à venir et, mécaniquement, une forte augmentation du nombre de patients dans son service, puisqu'un quart, en moyenne, sont hospitalisés en réanimation. "Plus il y aura de patients en réanimation, plus il va y avoir de morts liées au Covid, y compris de gens pas très âgés, en plutôt bonne santé" alerte le médecin : "Vous pouvez avoir 40 ans, un petit peu de surpoids et mourir de Covid". Pour l'instant un patient de l'hôpital est suspecté d'être porteur du variant. Tous les patients Covid ont été testés pour le détecter et l'établissement attend les résultats.

Alors dans ce contexte, Vincent Das ne s'émeut pas de la perspective d'un troisième confinement, bien au contraire. "Si cela permet d'éviter un pic et un certain nombre de malades en réanimation, et donc des morts, je suis tout à fait favorable à toutes les mesures qui permettront de réduire cela" estime le médecin.