Bouffées d'angoisse, anxiété qui provoque des symptômes bien réels ou hypocondrie avérée... L'épidémie de coronavirus et le confinement sont difficiles à vivre psychologiquement pour beaucoup de Français.

L'épisode de confinement et l'épidémie sont plus difficile à vivre psychologiquement pour certains que pour d'autres.
L'épisode de confinement et l'épidémie sont plus difficile à vivre psychologiquement pour certains que pour d'autres. © Getty / Guido Mieth

Vous avez le front un peu chaud ? Le nez qui coule ? Ça y est, vous avez le coronavirus. Ou pas, plus probablement. En cette période d'épidémie et de confinement généralisé, Rémi* vit un enfer :

"Pour ma part, ce sont plutôt des bouffés d'angoisses, qui durent rarement plus de 5 ou 10 minutes", signale le jeune homme. "Je n'ai pas peur d'attraper le coronavirus : à ce moment-là, je suis totalement convaincu de l'avoir. J'ai des frissons la nuit, je suis en stress quand mon collègue tousse..."

"À chaque douleur ou fièvre, je pense que je vais mourir dans les trois jours"

Une situation d'anxiété difficilement vivable, aggravée par le confinement. C'est ce que décrit de son côté Antoine, 22 ans et habitant de Tours : "Je suis maintenant confiné dans mon 15 mètres carré étudiant et à chaque petite douleur ou fièvre, je pense que je vais mourir dans les trois jours à venir", témoigne le jeune homme, joint par France Inter. 

Il confie avoir peur d'ouvrir les velux par crainte de "respirer l'air dehors" et penser à chaque détail quand il a le moindre contact avec l'extérieur : "Une amie m'a ramené de la pommade car je me suis fait une entorse : je lui ai demandé de déposer le tout en bas de chez moi et j'ai tout désinfecté à l'eau de javel."

Pour Rémi, dehors ou en situation de confinement, l'anxiété est la même, "pas pire, pas mieux". Mais il essaie de se rassurer : "Le fait d'en parler, de voir qu'on est des dizaines dans ce cas sur les réseaux sociaux, mine de rien, ça rassure. Ça évite de se dire qu'on est totalement fous."

Effectivement, il suffit de taper "hypocondriaque" dans la barre de recherche de Twitter pour constater que Rémi est loin d'être le seul à paniquer :  

Vivre avec un anxieux : une épreuve

Être confiné avec une personne excessivement angoissée peut aussi s'avérer délicat. Anissa, 23 ans, est bien placée pour le savoir : son frère a une peur panique d'être contaminé. Avec un élément déclencheur : "Tout a commencé lundi soir devant la télé, pendant le discours du Président. Il a eu l'impression de se sentir fébrile", raconte l'Ardéchoise à France Inter. "Et cette nuit, il n'a pas dormi car il avait une forte migraine, qui pour lui est le commencement du coronavirus."

Le frère d'Anissa ponctue dorénavant ses conversations de formules alarmistes."Ça se traduit par des 'oh je me sens pas bien là', 'fais voir le thermomètre je crois que j'ai de la fièvre', 'ce matin j'ai eu un vertige, je crois que j'ai le coronavirus' ...", égrène la jeune femme. "Pour l'instant ça nous fait rire, mais deux semaines, voire plus, ça va être très long !"

Bien distinguer l'"anxiété somatique" de l'hypocondrie

Attention ceci dit : quand on parle d'hypocondrie, gare à ne pas tout mélanger, prévient Viviane Kovess-Masféty, psychiatre et épidémiologiste, auteure aussi de N'importe qui peut péter un câble aux éditions Odile Jacob.

D'un côté, il y a ce qu'elle appelle l’"anxiété somatique", qui a "probablement augmenté d'un cran" en cette période d'épidémie : "c'est une anxiété fréquente qui va créer ou accentuer des symptômes, comme quand vous avez la colique avant un examen", explique la chercheuse à l’université Paris-Descartes.

Rien à voir avec une maladie inventée, c'est très concret : "Lors d'un état de panique, il y a une liste de symptômes physiques : votre coeur va plus vite, vous avez la bouche sèche, des sueurs, une impression d’étouffer, souvent des coliques, des vertiges… vous vous faites des vrais symptômes", poursuit la chercheuse à l'université Paris-Descartes.

"Et être anxieux, ça se gère", ajoute la psychiatre, qui donne des conseils pour juguler les angoisses en ces temps de confinement : "Vous pouvez faire du sport autour de chez vous, c'est autorisé, du vélo d’appartement, écouter de la musique pour vous apaiser, lire, faire de la relaxation…"

"L'hypocondriaque envisage toujours les pires scénarios"

Rien à voir avec l'hypocondrie, "maladie plus rare qu'on ne le pense" qui relève du trouble pathologique. "Un hypocondriaque va tout de suite penser qu’il a le coronavirus et rien ne pourra le faire changer d'avis", analyse Viviane Kovess-Masféty.

Un hypocondriaque, on n’arrive pas à le rassurer.

La chercheuse décrit le "raisonnement morbide" de l'hypocondriaque : "vous êtes persuadé d’avoir la maladie, y compris quand tout le monde vous explique que vous êtes un malade 'imaginaire'. L'hypocondriaque va voir un médecin 1, qui lui dit qu’il n’a rien. Il va donc voir un médecin 2, et ainsi de suite. Il envisage toujours les pires scénarios. Et, confronté à un traumatisme comme en ce moment, ça ne peut qu’aggraver leurs symptômes."

Piqûre de rappel des signes bien concrets du Covid-19, qui justifient une inquiétude : 

Les principaux symptômes du coronavirus.
Les principaux symptômes du coronavirus. © AFP / John Saeki, Laurence Chu, Robin Bjalon

*Le prénom a été modifié

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